UNE CRISE DE COLÈRE CHANGE LE COURS DE L'HISTOIRE...
DIT-ON
Marie s'emporte contre Premier Ministre Richelieu devant Louis XIII, provoquant « La Journée des Dupes » et la politique de guerre.
(Les 10-11 novembre 1630)
-- Le récit de base :
Les souvenirs du duc de Saint-Simon, père du mémorialiste, qui était présent immédiatement après l'incident,
commentés dans La Journée des dupes de Georges Mongrédian, 1961.
Une hagiographie
Évêque de Luçon, lieu misérable en Vendée, Richelieu croyait que la seule façon de faire travailler les pauvres était de les traiter comme des ânes. Il confirma l'autoritarisme de Louis XIII et contribua a fonder l'État français centralisé. Les historiens conservateurs l'admirent.
- Il aide Marie à revenir au pouvoir après sa chute, puis la remplace comme principal conseiller du roi. Elle le haït pour cette trahison,* et pour sa violence.
*La loyauté d'un subordonné allait de soi et la différence de rang faisait de Richelieu le serviteur de la reine.
- Elle obtient un rendez-vous avec le roi pour le faire renvoyer et néglige de verrouiller une porte : Richelieu surgit. Stupéfiée, elle l'insulte de « de façon inimaginable, ordurier »...
Il se jette à ses pieds, baise le bas de sa robe, éclate en sanglots, prie le roi de le laisser se retirer sur ses terres. Quand il ne dit rien, Richelieu part. Quelques minutes plus tard Louis passe devant lui et reste glacial devant son salut. Richelieu croît qu'il sera arrêté et exécuté : il pense au corps mutilé de Concini et à la rapidité avec laquelle la puissance peut devenir tragédie. Il se prépare à fuir.
Rentré chez lui, Louis « enleva son pourpoint si furieusement que le boutons sautèrent. Il se jeta sur son lit. » Mais retiré à son pavillon de chasse de Versailles il demande à Richelieu de le rejoindre. Choqué par l'insulte à la monarchie du langage de Marie, il prend la décision alors presque inimaginable de préférer un subordonné à la Reine de France, veuve d'Henri IV et mère des reines d'Espagne et de l'Angleterre et de la duchesse de Savoy. De plus, bien que profondément croyant il transgresse le commandement « Honorez votre père et votre mère ». Toute sa vie s'en sentira coupable.
Marie avait choisi comme nouveau Premier Ministre Michel de Marillac, chef du parti pour la paix. Richelieu le fait arrêter ; il mourra deux ans plus tard en prison. De plus, Richelieu invente un prétexte pour décapiter le frère de Marillac, le capitaine de la Garde royale, comme avertissement que l'opposer frappera les familles aussi.*
*Leur nièce sera Sainte Louise de Marillac : pour son histoire et celle de catholiques exceptionnels, cliquez.
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- La misogynie et le nationalisme la disent « sans grâce, une figure lourde, des yeux ronds et inexpressifs, des gestes rudes, une incurable vulgarité [...]. Le premier regard suffisait à faire comprendre que Sa Majesté était sotte, orgueilleuse, coléreuse, opiniâtre, indolente. »
-- Richelieu de Philippe Erlanger, 1996, p.77.
Études plus objectives mais dans l'ensemble négatives :
Marie de Médicis par Philippe Delorme, 1998 et
Les Reines de France aux temps des Bourbons par Simone Bertière, 2003.
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- On pourrait aussi la dire audacieuse et indomptable, et surtout admirer sa volonté de paix.
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- La Bourgogne, la Lorraine et la Picardie sont dévastées et L'Europe centrale perd un tiers de sa population. Cinquante ans plus tard des protestants fuyant la France sont accueillies par des princes allemands pour repeupler des régions ruinées.
Le Pillage de Wommelgen par Sebastian Vranx, 1625-1630 / zoom |
- Les combats épargnent la plus grande partie du royaume de France, mais les impôts et les réquisitions provoquent des révoltes et des répressions :
Les Grandes Misères de la guerre par Jacques Callot, 1632-1633 / zoom
Cette guerre de rebondissements, de pays et de factions est difficile à suivre. Les Grandes Misères de la guerre de Jacques Callot expriment l'essentiel (pour les dix-huit eaux-fortes, cliquez et déroulez la page).
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La Journée des Dupes est considérée un des « Jours qui ont fait la France »...*
* Titre de la série dans laquelle paraît l'étude mentionnée en haut de page
Parce que, dit-on, sa participation à cette lutte empêcha sa conquête ou son démembrement par l'Espagne. Mais à cette époque (1630-1650)...
- L'Espagne comptait 8 240 000 personnes, la France 20 000 000 (cliquez).
- L'économie espagnole était archaïque, la française celle du capitalisme naissant.
Une victoire espagnole était donc impossible, et l'hégémonie française à long terme inévitable.
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Des enfants peuvent jouer la scène, imaginant des insultes : « Tu pue des pieds ! »
Ils se tordront de rire et aimeront l'histoire,
quitte a questionner cette approche anecdotique plus tard.




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