samedi 30 mai 2015

5.6. LA PEUR, AGENT INSOLITE DE LA GRANDEUR URBAINE


MENU : 5.6. PEUR ET GRANDEUR URBAINE

UNE FEMME DE PRÉFET « TREMBLAIT EXTRÊMEMENT, CAR ELLE AVAIT ENTENDU TOUT À L'HEURE, SUR UNE ORGUE, UNE POLKA QUI ÉTAIT UN SIGNAL ENTRE LES INSURGÉS » 
-- Éducation sentimentale par Gustave Stendhal, 1869

L'insurrection ouvrière sans précédent terrorise les possédants. Elle explique l'arrivée du Second Empire (1851-1870), le régime le plus autocratique de l'époque, qui transforme la ville de façon a faciliter la répression d'une prochaine insurrection. 

  • Les changements commencent sérieusement en juin 1853, après que l'Empereur remplace un timide administrateur avec le dynamique Baron Haussmann. Il force le financement, prévoit les vastes artères et détermine le dédommagement des immeubles à démolir.


 

  • De 1853 à 1869 les Parisians subissent le bruit, la poussière, les gravats et la corruption. 

          

 « Aristide Rougon s'abattit sur Paris, au lendemain du 2 décembre avec ce flair des oiseaux de proie qui sentent de loin les champs de bataille. »

*     *

Les historiens soulignent la modernisation, qui dans la ville encore médiévale était inévitable. Ils mentionnent l'aspect militaire comme un objectif parmi d'autres, ou pas du tout.*  

*Deux études qui en font allusion : Paris, bivouac des révolutions par Robert Tombs (1999) et L'Invention of Paris par Éric Hazan (2001). Mais Tombs la mentionne qu'en passant (p.56) et Hazan ne la dit pas primordial. 


Les prochaines pages montrent
la priorité de réprimer une insurrection future.

    *     *     *
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    jeudi 28 mai 2015

    « MIEUX VAUT PRÉVENIR... » : DES ÉGLISES ET UN PARC


    « ON PEUT TOUT FAIRE AVEC LES BAÏONNETTES SAUF
    S'ASSEOIR DESSUS », DIT NAPOLÉON III

    Il encourage donc une croyance qui apprend aux pauvres
    « cette utile résignation aux conditions de la société » en...
    -- Thiers cité par Valence, Thiers 
    •  Construisant des églises :

    Notre-Dame de la Gare au sud-est misérable (1847-59)

    Saint-Bernard de la Chapelle au nord, où l'industrialisation se lance (1858-61) 

    • Faisant enseigner le catéchisme à l'école : 

    La « loi Falloux », votée par la majorité conservatrice de la Seconde République qui soutient Louis-Napoléon Bonaparte, tire son nom du comte ultra-conservateur Frédéric de Falloux, qui s'était illustré par son opposition farouche aux Ateliers nationaux.

    • Encourageant une charité condescendante envers les pauvres et valorisante pour les sponsors :

    Tableau dans une vitrine d'antiquaire

    Les dames de la bonne société ont leur pauvres « à eux » et donnent peu d'aumônes après la messe pour ne pas sembler chercher les « clients » d'une autre. 
    -- Jean Renoir, Mon père

     « Pour faire une bonne dame patronnesse 
    Mesdames, tricotez tout en couleur caca d'oie 
    Ce qui permet, le dimanche, à la grand-messe
    De reconnaître ses pauvres à soi ». 
     -- Jacques Brel, Youtube
    Chanson écrite en 1960, moquant une mentalité qui existait toujours
    Brel chante les derniers mots de façon appuyée.

    Suites :

    • Paris devient un haut-lieu d'architecture néo-gothique.

    • Un anticléricalisme viscérale, tel le pas « cathédrale » du french cancan :

    Performance de Nadège Maruta, cancan historienne du french cancan  photo Félix Sinpraseuth
    Les culottes étaient percées. Pour le contexte de la danse transgressive, cliquez et déroulez.

    D'autres raisons pour cette hostilité 

    • La confection bon marché des religieuses réduit les tarifs des couturières.

    • Déclarer des bébés nés hors mariage coûte deux jours de salaire d'ouvrier, quand un quart de couples ouvriers vivent en union libre.  
    *    *

    Néanmoins, « l'Empereur socialiste »* offre un parc superbe aux pauvres dans l'est ouvrier :
    (Les Buttes-Chaumont, en 1867)

    *Napoléon III avait écrit L'extinction du paupérisme et souhaitait sincèrement aider les travailleurs... sans déranger les patrons.  

    Internet, sans autres informations

     

    Vito

    Ces palliatifs ne changent rien aux conditions de travail et aux salaires.
    Tremblant encore de Juin, 
    on s'attend à une autre insurrection.

    *     *     *

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    mercredi 27 mai 2015

    DES ARTÈRES OUVRENT LA VILLE À L'ARMÉE


    ELLE PERMETTENT LES TROUPES VENUES DES FRONTIÈRES DE SE DÉPLACER SANS L'OBSTACLE DES RUELLES  

    De plus : « Ces grandes artères stratégiques refouleront les ouvriers et serviront aussi à les contenir. »
    -- Le baron Haussmann,
     cité dans l'Atlas du Paris haussmannien par Pierre Pinon, 2002, p. 93


    • Un exemple : le boulevard de Strasbourg est un passage large et droit qui joint la gare de l'Est au centre. La gare du Nord est à quelques pas. 

    La flèche indique la gare de l'Est. La gare du Nord est à droite.

    Adapté d'une vue aérienne sur Google 

    Une ruelle qui a survécu

    La destruction s'étend à l'est de la rue Saint-Denis, territoire où avaient été les barricades de Juin.

     Adapté d'un document de la Bibliothèque nationale / zoom


    *    *

    Ces démolitions expliquent la rareté de vestiges médiévaux, l'aspect morne d'une grande partie du centre et l'architecture homogène des nouveaux quartiers bourgeois de la rive droite.


    Le carrefour à Etienne Marcel, espace large et triste

     1 Boulevard Poissonnière, 9e, Internet, photographe inconnu
    L'architecture des quartiers reconstruits, qui devient associée à Paris


    *     *

    La métamorphose continue jusqu'au moins 1925...

    Percement du boulevard Haussmann en 1925 zoom

    Mais l'essentiel se fait 
    dans les années qui suivent 
    l'insurrection de Juin 1848.

    *    *    *
      
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    mardi 26 mai 2015

    DES PLACES POUR RÉUNIR ET ISOLER LES TROUPES


    L'ARTÈRE QUI PERCE DEPUIS LA GARE DE L'EST CONDUIT À UN RÉSEAU DE VIDES ASSEZ LARGES POUR ACCEUILLIR TROUPES, CHEVAUX ET CANONS, EN LES SÉPARANT LES SOLDATS DES RÉSIDENTS*

    *L'absence de cette séparation conduira à La Commune.

    Ils sont la place Saint-Michel et les espaces devant Notre-Dame et l'Hôtel de Ville.

    Adapté d'un plan Google

    *     *

    Un nouveau pont permet aux soldats d'atteindre la rive gauche, où ils se regroupent à la place Saint-Michel prodigieusement agrandie :

    « N » : le pont Napoleon III. Après sa chute, le pont National

      Murs de Paris découverts par les démolitions de la place Saint-Michel, gravure de 1860 / zoom

              Photo du web, photographe inconnu


    Cette place permet de combattre sur place des étudiants rebelles, ou suivre une prolongation de l'artère vers le sud ouvrier, ou procéder vers le parvis de Notre-Dame métamorphosé :

    Le boulevard St.-Michel, la suite de l'artère

     Vue prise d'une tour de Notre-Dame

    Au parvis, ils peuvent continuer par une autre rue élargie et un autre pont renforcé vers un autre espace géant, l'esplanade de l'Hôtel de Ville:

     Prise de l'Hôtel de Ville (recadré) par Amédée Bourgeois, 1831 zoom
    Le pont avant les travaux

    Le pont transformé

    Modèle au musée Carnavalet
    L'esplanade en 1830...

    Dessin d'après des documents d'archive / zoom
    ...et en 1855 



    *     *

    Cette esplanade devient le nœud du réseau de la rive droite...



      • L'ancienne voie de commerce (la rue Saint-Antoine) est déjà relativement droite et a été élargie pour des tournois : elle reste telle quelle.


    Adapté d'un plan AI
    • À droite, une rue insignifiante longe le vide comme à Notre-Dame. Elle conduit à une autre vaste rue rectiligne qui mène vers Châtelet, le cœur de la rive droite...


    Avenue Victoria


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    Derrière l'Hôtel de Ville était la caserne Lobau. À suivre.

    *      *

    Ces changements permettent une circulation bien plus fluide et laissent entrer l'air et la lumière. Mais les trois vides immenses, dont le parvis de Notre-Dame et l'esplanade de Hôtel de Ville, n'ont rien à voir avec ces objectifs. 

    Ils sont conçus 
    pour assembler l'armée.


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