dimanche 14 février 2016

4.4.1. RUES DROITES ET MONARCHIE


À L'APOGÉE DE LA MONARCHIE, LES RUES DROITES CONDUISENT VERS UN SYMBOLE DE ROYAUTÉ
(VERS 1600-1750) 

Elles sont celles qui conduisent...



  •  À l'arc de la porte Saint-Martin : 

Une rue droite joint cette porte à la gare de l'Est actuelle.
 
        Zoom (déroulez)
Un terrain de foire, site de Gare de l'Est, joint à l'arche qui honore Louis XIV par une rue droite.

  • À ce que devait être le mausolée de Louis XIV, où trois lignes droites convergent : la page qui suit explique.

  • À la rue qui l'unit la nouvelle barrière d'octroi à Paris (sous les rois « place du Trône », aujourd'hui place de la Nation), feu d'artifice de l'Ancien Regime : 
L'ensemble est construit juste avant la Révolution.

*     *

Il n'y a pas d'exception. Même la rue qui conduit à l'église Saint-Paul Saint-Louis, construite pour glorifier la monarchie mais qui n'en est pas un symbole, est décalée :



Vers 1750 cela change :


Des rues droites dirigent le regard vers
 une église (le Panthéon, en 1758) 
et vers un théâtre (l'Odéon, en 1779).

La royauté faiblit.

*     *     *

Suite,
4.4.2. 




samedi 13 février 2016

4.4.2. LES INVALIDES : TROIS RUES DROITES CONVERGENT VERS UN TOMBEAU. POUR QUI ?


LE « TOMBEAU DE NAPOLÉON » N'A PAS ÉTÉ CONSTRUIT POUR LUI : LOUIS XIV PRÉVOYAIT L'IMMENSE MONUMENT, L'ACTUEL MUSÉE DE L'ARMÉE, POUR Y REPOSER SOI-MÊME

Mais on ne le dit pas.


   Louis XIV visite l'Hôtel des Invalides par Pierre-Denis Martin, 1706 / zoom 

*     *

Quand les maisons étaient basses le dôme survolait la ville et il domine toujours une grande partie de la rive gauche :

           La Place Louis XVI (la place de la Concorde) en 1829 par Giuseppe Canella, 1829 / zoom 

              L'Hôtel des Invalides au coucher du soleil © Frédéric Reglain / zoom

Louis nomma l'ensemble « Les Invalides » parce que des vétérans blessés y étaient soignés (certains le sont encore). Le nom évoque un roi bienveillant qui prend soin de ses troupes :

Louis visite les veterans par Maurice Leloir, 1931

 « En 1670, le roi Louis XIV fonda l'Hôtel National des Invalides 
afin de loger et soigner les vétérans de ses guerres. 
»


« Des invalides aux Invalides . »

*     *

Mais comment l'aide aux soldats peut-elle être le motif du lieu quand rien ne les indique — et quand tous les éléments conduisent au dôme ? 

  • Trois lignes convergentes soulignent l'entrée de l'ensemble et du dôme : celles qui accentuent le dôme les premières construites.
-- Pascal Payen Appenzeller, historien de Paris, communication personnelle

Internet, sans indication de source  

Vue aérienne / zoom

 

  • L'autre exemple de lignes convergentes est à Versailles :

  Versailles en 1668 par Pierre Patel / zoom
  • Le dôme survole un vide qu'il faut au moins vingt minutes pour traverser : 

          Les lignes rouges montrent notre trajet, les jaunes un emplacement / zoom.

Claude Abron
La photo s'arrête au portail avec le drapeau (regardez très attentivement).

    • La seule image est celle-ci, de Louis à cheval au dessus du portail. 



    • Le portail conduit à une cour si vaste que les canons et les portes de l'église passent inaperçus.


    • Elle continue par un long parcours de mur nu.

    *     *

    Enfin on arrive au dôme, qui survole un tombeau...

         Claude Abron

    Mais c'est Napoléon qui y repose.

    *      *

    Les dernières guerres de Louis XIV ont duré une génération, 
    de 1688 à 1713, avec une pause de cinq ans. Pour aider à la financer il a fait fondre sa superbe vaisselle en argent. Beaucoup de nobles et de soldats sont morts au combat. Des pauvres sont morts de faim et de froid. 

    • Cette dame de la noblesse, Marguerite de Choiseul (1647-1737), a perdu deux de ses fils à la bataille de Turin et un troisième est mort à cause de la guerre indirectement ; tous en 1706.

         « Charger les Français, Bataille de Turin » / zoom
                     Château de Condé - Aymeri de Rochefort

    • Les soldats étaient souvent enrôlés de force, à moins de s'engager pour ne pas mourir de faim. « La famine, qui désola la campagne, fut une ressource pour la guerre : ceux qui manquaient de pain se firent soldats. Beaucoup de terres restèrent en friche ; mais on eut une armée ». 
    --  Le Siècle de Louis XIV par Voltaire, ed. 2015, p. 358.

     

    •  La guerre a rendu l'hiver de 1709, le plus froid du siècle,* encore plus terrible.
    * Le vin gelait dans le verre du roi.


                La Misère des paysans, « Histoire de France » de François Guizot, 1875

    Louis était si haï qu'un mausolée parisien était impensable, et ses restes ont été emmenés à la nécropole royale de Saint-Denis (en 1715) : « J'ai vu de petites tentes dressées sur le chemin de Saint-Denis. On y buvaient, on y chantaient, on y riaient. »
    -- Voltaire ed. 2015, note p. 474.

    Comme le château de la Belle au Bois Dormant, la sépulture est restée vide pendant un siècle. 
    (Même plus, jusqu'en 1836)

    *      *

    Chaque aspect du site colossal concerne Louis XIV, et rien ne se réfère aux soldats. Pourquoi ne pas le dire ? 

    La raison directe est simple : les Invalides, maintenant le Musée de l'Armée, exaltent la gloire militaire de la France. Mentionner l'absence du roi révèlerait son coût humain.

    Plus étonnant : ni les historiens que j'ai lu ni les guides de visites que j'ai suivis ne signalent cette carence.

    Le publique écoute et ne dit rien. 
     
    *    *    *

    jeudi 11 février 2016

    4.4.3. LES PLACES ROYALES SE MULTIPLIENT


    PARIS EN A CINQ* 

    *Place des Vosges et place Dauphine (vers 1600), place des Victoires et place Vendôme (vers 1685), place de la Concorde (1755).

    Elles suivent le modèle de la place de la place des Vosges avec, à leur centre, une statue équestre du roi régnant**

    **À la place Dauphine, sur le pont.


           Claude Abron

     À la place des Victoires, le modèle est suivi tel quel.

    Diaporama, Louvre
    À la place Vendôme, la statue survole les immeubles : personne n'est au dessus du roi.

    La place de la Concorde est décrite à la page qui suit.


    *     *


    En province la Révolution met fin à des projets de construction,
    mais certaines places existent déjà :

    Bordeaux 

    Rennes

    Reims : exceptionnellement, le roi est debout.

    *     *

    À l'étranger, elles sont un modèle pour des capitales du XVIIIe siècle :

    Nancy en 1751, quand la Lorraine est encore indépendante

    Internet, photographe inconnu
    Copenhagen

       La Place du palais par Vasily Sadovnikov, vers 1847 / zoom
    Saint-Peterbourg
     
    Ces places font partie du rayonnement français :
    « Il parlait ce français raffiné par lequel nos grand pères 
    non seulement parlaient mais pensaient... »*
    -- Première page de Guerre et paix

    *Avant de l'assassiner, les conspirateurs annoncent au Tsar Paul I qu'il est un despot en français.
    -- Les Romanovs, 1613-1918 par Simon Sebag Montefiore, 2016, p.350.

    *     *     * 

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