mercredi 30 septembre 2015

V.1. LA BASE TANGIBLE DE L'HISTOIRE


MENU : 5.1. BASE TANGIBLE DE L'HISTOIRE  

LA PLUPART DES RÉCITS SONT DES NARRATIONS POLITIQUES QUI SOULIGNENT DES IDÉES ET DES INDIVIDUS — HORS LE CONTEXTE DE L'ÉCONOMIE SOUS-JACENTE 

Négliger cette base rend le passé du au hasard ou simplement incompréhensible.

Ces pages commencent par l'histoire
telle qu'un manuel scolaire la raconte,
puis suggère une alternative.

*    *    *


mardi 29 septembre 2015

V.1.1. UN RÉCIT QUI N'A PAS DE SENS


CE MANUEL SCOLAIRE DE 1966 REBUTE PAR SES FAITS  DIVORCÉS D'INTÉRÊTS TANGIBLES 

Un soulèvement inexpliqué



Polignac devait-il se retirer ? La Charte n'obligeait pas le roi à prendre ses ministres dans la majorité de la Chambre. Plutôt que de céder, Charles X préfère la dissolution, mais les électeurs [quels intérêts représentent-ils ?] lui renvoient une majorité hostile. [L'enjeu?] Le roi alors, par quatre ordonnances [érudition inutile], prononce la dissolution de la nouvelle Chambre*, modifie de sa propre autorité le régime électoral et le regime de la presse. C'est un véritable coup d' État : la Charte ne donnait pas au roi le pouvoir de faire seul la loi (25 juillet 1830).

Poussé par des sociétés secretes où les jeunes républicains étaient nombreux, par les journalistes, par les patrons qui excitaient leurs ouvriers [l'enjeu?], le peuple de Paris s'insurge contre les ordonnances. [Pourquoi les écouter ?] Les insurgés arborent le drapeau tricolore [son sens?]Après trois jours de bataille de rues [erreur : le premier jour les Parisiens sont seulement surpris] (les « Trois Glorieuses » : 27,28, 29 juillet 1830) où est engagée la garde royale — le reste de l'armée s'abstient de combattre [pourquoi ?]  la capitale est perdue pour Charles X.

Les manuels récents présentent des faits similaires en thèmes et souligne des personnages. La lecture est moins rébarbative mais aussi opaque.


Essayez ceci.

dimanche 27 septembre 2015

V.1.2. « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ » DONNE AU CAPITALISME SON ENVOL


LE SLOGAN APPLIQUÉ :

  • La liberté conduit à la libre entreprise.
  • L'égalité met fin aux privilèges des nobles, barrières à la croissance économique. 
  • La fraternité appel les masses à balayer ces privilèges.

Ce récit de la Révolution française l'explique par l'absolutisme et l'inégalité. D'autres mentionnent des systèmes archaïques de possession des terres, de taxation et de financement du gouvernement, auxquels s'ajoutent des récoltes exceptionnellement mauvaises, le coût de l'aide aux rebelles américains, l'extravagance de la cour et les idées nouvelles.

Une des explications qu'on trouve sur le web.

Omit : que la croissance économique rendait le conflit entre propriétaires terriens et capitalistes naissants inevitable et que ces derniers ne pouvaient gagner sans faire appel à la rue.   

Peinture disparue du web
Chef bourgeois, force de frappe populaire. Mais seul l'homme portant la coiffure bleue, en bas à droite, paraît travailler de ses mains.  

# # #

Quand les explorations de la fin du XVe siècle apportent d'importantes sources de revenus, une expansion sans précédent s'ensuit. Cette croissance permet à des nouveaux entrepreneurs de menacer les propriétaires terriens héréditaires, les nobles.

En France elle conduit à :

  • Des arts qui renforcent les nobles menacés en les associant avec les dieux et personnages de l'antiquité.
  • Les « Guerres de Religion », entre masses populaires et entrepreneurs qui contestent les protections sociales traditionnelles.  

Les privilèges des nobles et leur contrôle de l'État entravent la croissance et pour deux siècles le conflit entre nobles et capitalistes qui se développent graduellement est latent. Mais vers 1780 des entreprises employant des centaines de personnes ont surgi autour de Paris :

Pillage de la Folie-Titon [l'établissement Réveillonau Fbg. Saint-Antoine le 28 avril 1789, anonyme, fin XVIIIe siècle / zoom

Une révolte à Réveillon, une manufacture de papiers peints qui employait deux cent personnes, eut lieu deux mois avant la prise de la Bastille. Motivée par une baisse supposée des salaires plutôt que par le prix du pain, elle annonce la lutte entre travail et capital. 

Une société avec trois cent salariés dans le 13e actuel, plusieurs au delà de la porte Saint-Denis dont un avec au moins huit cent employés, des manufactures à Orléans et à Rouen sont parmi d'autres établissements qui surgissent à cette époque.
-- Le 13e :
Éléments pour une histoire de la Commune dans le 13e arrondissement de Gérard Conte, 1981
-- Le nord :
La Foule dans la Révolution française de George Rudé, 1982
-- À Orléans et à Rouen :
Les Derniers Feux de la monarchie de Charles-Eloi Vial, ch. 1, 2016

Les capitalistes se heurtent aux privilèges des nobles, obstacles aux affaires, et souhaitent exercer un pouvoir politique qui corresponde à leur puissance économique. Les nobles, dont les principaux revenus viennent de redevances paysannes que l'inflation réduit et dont l'éducation et la mode de vie s'opposent au commerce, résistent.  

La rue apporte la force qui les oblige de fuir, se cacher ou être guillotinés : « Ce qui avait été de la prétention devint une tragédie. »
-- Adolphe Thiers, Histoire de la Révolution française, 1834 

                  La Grande Révolution française par Georges Soria (Bordas), 1988

*     *     *
Marx résume ainsi la Révolution française : « Les digues au capitalisme devaient être brisés. Elles ont été brisées ».

Pas tout à fait.   

vendredi 25 septembre 2015

V.1.3. LA RÉVOLUTION DE 1830, TRIOMPHE CAPITALISTE OUBLIÉ


COMPAREZ AVEC LE MANUEL 

Cette peinture évoque la Révolution de 1830, qui termina ce que la grande Révolution avait commencé : éliminer le contrôle de l'État par les nobles, ce qui permit au capitalisme de démarrer.

      La Liberté guides le people par Eugène Delacroix, 1831 / zoom


Arrière-plan : 

  • Le conflit entre capitalistes naissants et propriétaires terriens héréditaires, qui se développe depuis le XVI siècle, éclate avec la Révolution (en 1789-1794). Les nobles perdent leurs privilèges, et s'ils quittent la France, leurs terres. Une société favorable aux affaires arrive. 
  • Mais les guerres de Napoléon (1800-1815) absorbent capitaux et énergies. À sa défaite les monarchies étrangères imposent un gouvernement de nobles revenus d'exile (1815-1830).

Ces événements ralentissent la croissance, mais ne l'arrêtent pas.

  • La construction du canal Saint-Martin, commencé en 1805 et arrêtée en 1809, redémarre en 1815 pour être terminé en 1824. L'industrialisation du nord commence. 
-- Mon Canal Saint-Martin par Pascal Payen-Appenzeller, 1984

Postcard, end of the 19th century / zoom
  • Le Cimetière des Innocents suit une évolution similaire. Le projet d'en faire uniquement un marché, arrêté par la Révolution, est repris et terminé au début des années 1820.

# # #

La pression des milieux d'affaires sur le gouvernement s'étend.  

  • Quand le roi Charles X perd les elections il « jette la monarchie des tours de Notre-Dame »,* en supprimant leur pouvoir de vote et en muselant la presse. C'est l'essentiel des Ordonnances que le manuel mentionne.
*René de Chateaubriand, écrivain royaliste et membre de l'entourage du roi. Le récit qui suit est basé sur ses souvenirs, Mémoires d'outre-tombe (1848).

  • Des combats de rue éclatent. 


   Combat devant l'Hôtel de Ville le 28 juillet 1830 par Jean-Victor Schnetz, commande officielle, 1830  / zoom

Les peintures officielles soulignent les deux cent bourgeois : à suivre.

  • Croyant que la Vierge Marie a promis son soutien, le roi joue aux cartes dans son château de l'autre côté de la Seine (à Saint-Cloud), sans même approvisionner ses troupes. Quand, faméliques, ils ne défendent pas le pont et des milliers de Parisiens s'apprêtent à attaquer le château, il abdique.
  • Une quinzaine de banquiers offrent le trône à Louis-Philippe, chef de la branche cadette Bourbon. 

 Louis-Philippe quitte le Palais-Royal pour les Tuileries le 31 juillet par Horace Vernet / zoom

# # #

Ce bouleversement termine la transformation que la Révolution avait entamé : 

  • Charles X et les nobles revenus d'exile sont liés à l'Église et au passé, c'est-à-dire à l'immobilité économique : ici la figure d'autorité est l'homme d'Église, plus grand que les autres personnages qu'il domine. 


   La Mort de Charles X, estampe, 1836 / zoom 

Les héros de l'Ancien Régime accueillent le roi au Paradis.

  • Ce directeur de journal, pilier du nouveau régime, respire l'autorité qu'apporte le dynamisme économique.  

 Monsieur Bertin par Jean-Auguste-Dominique Ingres, 1832 / zoom

Le fauteuil accentue la domination et les doigts ressemblent à des griffes.

Louis-Philippe est le fils du méprisé Philippe Egalité, qui vota la mort de Louis XVI, son cousin. Sans légitimité par hérédité ou élection, il dépend des financiers qui l'ont placé sur le trône.  

Nommer l'insurrection « Les Trois Glorieuses »
montre la jubilation des capitalistes 
quand ils prennent le pouvoir enfin.
  
Fin de cette section.

*    *    *

La prochaine section,



jeudi 24 septembre 2015

V.2.1. DES CLASSES SOCIALES DONT LES BUTS DIVERGENT


LES REBELLES DE 1830 VEULENT TOUS UNE RÉPUBLIQUE — AUX OBJECTIFS CONTRAIRES

L'unité entre les humbles et les bourgeois dans ce tableau que le nouveau gouvernement commanda dure environ six mois. 

           Le duc d'Orléans en route vers l'Hôtel de Ville croise la place du Châtelet, 31 juillet 1830 par Prosper Lafaye, 1830 / zoom

Pour les étudiants, les journalistes et les intellectuels la « République » est un gouvernement sans roi, avec le suffrage universel mâle, une presse libre et l'égalité devant la loi :

  • Beaucoup croient que les pauvres doivent travailler pour qu'une élite (eux-mêmes) puissent créer.
-- Écrivains contre la Commune de Paul Lidsky, 1999
  • Leurs modèles viennent de l'Antiquité, dont les sociétés étaient basées sur l'esclavage.

Pour « le peuple », c'est-à-dire des boutiquiers, des artisans et des employés...*

*Leurs opposants les considèrent « la lie du peuple » mais les archives policières montrent que les marginaux sont rares : La Foule dans la Révolution française de Georges Rudé (1959). Cette conclusion s'applique aussi aux temps ultérieurs. 

  • Elle sera une société plus juste.
  • Leurs modèles sont les jacobins égalitaires de la Révolution française, qui peuvent être leurs grandparents. 
# # #

Leurs adversaires : les vainqueurs de 1830, banquiers, industriels, haut fonctionnaires et les privilégiés dans leur ensemble... 

  • Les républicains sont « ces enfants dégénérés de la bourgeoisie, qui au travail fructueux et calme préfèrent les discussions politiques décevants dans les tavernes et soulever, exciter, guider l'ouvrier qui, sans eux, resterait tranquillement à son labeur. »
-- Souvenirs de l'année 1848 par Maxime du Camp, 1876

       -- Illustration du XIXe siècle, Internet, sans source

  • Ils associent les républicains avec l'anarchie et la monarchie avec l'ordre : « La digue contre le torrent qui nous emportera tous, est le roi, seulement le roi... »
-Lucien Leuwen de Stendhal, 1836, non publié de son vivant par crainte qui ce roman ironiquement critique lui coûte son poste de fonctionnaire. 

         « Quarante-quatre francs pour le cadre et cinq pour la lithographie »
Portrait de Louis-Philippe dans Lucien Leuwen 

L'héro jeune, honnête, inexpérimenté, est envoyé par son ministre en province, où ses remarques sincères choquent ses interlocuteurs. Mais le lendemain « Lucien était si fatigué qu'il n'a rien dit de déplacé et on le trouva tout à fait convenable ».

Se connaissant peu et face au même ennemi,
les républicains s'unissent.

*    *    *

Suite,



mercredi 23 septembre 2015

V.2.2. PEUPLE ANONYME, HÉROS BOURGEOIS


LES HUMBLES : EN PEINTURE UNE MASSE ANONYME, EN
LITTÉRATURE DES CLICHÉS OU DES MENACES    

Les tableaux de 1830 montrent les rares rebelles bourgeois au centre et de face, les humbles une fouleainsi que dans les images de guerre (déroulez la page).

Les exceptions confirment la règle :

  • Un homme du peuple est vu de profile dans un côté du tableau, mais de l'autre trois bourgeois paraissent de pleine face :


     Combat de la rue Rohan, le 28 juillet 1830 par Hypolyte Lecomte, 1831, zoom


 
  • Des personnages dont on voit les visages sont deux étudiants, un cadavre bien habillé, quelqu'un portant un chapeau haut-de-forme, un homme en élégante veste brune luttant avec un garde et trois gardes. Les blouses blanches de deux plébéiens éclairent le centre, mais il sont vus de dos :  


          Prise du Louvre le 29 juillet 1830, massacre des gardes suisses de Louis Bezard, 1832 / zoom

 


# # #
En fiction...

  • Les « bon pauvres » sont des saints, des victimes, des domestiques dévoués ou des bénéficiaires reconnaissants de la charité de gens aisés.

    • Les Misérables (1862)L'héro est un paysan qui passe quatorze années aux galères pour avoir volé une miche de pain. Forçat en cavale il sauve un blessé en soulevant un wagon, bien qu'il sait que sa force révélera son identité :


    • Les Mystères de Paris (le premier roman français sur le crime, un « best-seller » en 1848). L'héroïne, une ancienne prostituée angélique, s'avère être la fille d'un prince. En repentir pour cette profession, qu'elle n'exerça qu'une semaine et parce que forcée, elle devient religieuse. Ensuite elle meurt.



    • La Case de l'Oncle Tom (1852). l'héro est si notoirement docile que parmi les Blacks américains, être appelé « Oncle Tom » est une insulte :


    • Les Quatre Filles du Docteur Marsh (1868).  Les jeunes filles offrent leur petit-déjeuner de Noël, préparé par une fidèle domestique, à une femme démunie avec des petits enfants et un nouveau né. « Des anges ! », elle s'écrie. « Des drôles d'anges en moufles et foulards », dit l'héroïne, dont l'humour ne cache pas l'auto-satisfaction de l'auteure :


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Être autre chose est une menace :

  • Les Mystères de Paris. la méchante qui force l'héroïne à se prostituer représente la pauvreté criminelle, sans arrière-plan ou nuance :


  • L'Histoire de l'Hôtel de Ville, roman de second ordre intéressant pour ses platitudes. Une illustration contraste l'héro bourgeois et les criminels pauvres :

     Les Oubliettes du Grand-Châtelet par Jules Beaujoint, 1882

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Le mépris d'un chef de bataillon bourgeois pour son collègue ouvrier 

Quel n’a pas été notre étonnement, lorsque nous avons appris que, ne sachant aucunement manier l’épée, notre chef de bataillon cherchait à se consoler de son ignorance en essayant de manier la plume.

Citoyen Varlin, permettez-nous de vous dire en terminant que le 193e bataillon vous pardonne, facilement et sans rancune, l’étrange égarement d’esprit auquel vous êtes en proie ; nous concevons, en effet, parfaitement que la transformation subite d’un homme qui quitte les outils qu’il n’aurait jamais dû abandonner pour une épée trop lourde pour ses forces suffirait à elle seule pour tourner des têtes plus solides.
-- Extrait de lettre à Eugène Varlin (déroulez la page)
 pendant le siège de Paris en 1870,


L'alliance entre républicains 
 ne peut durer.
 
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