vendredi 30 décembre 2022

II.3.2. DES SPECTRES DU MOYEN ÂGE SURGISSENT

 

 MENU : 2.3.2. Des spectres surgissent

« NOUS NE FAISONS PAS L'HISTOIRE. NOUS SOMMES FAITES PAR ELLE »
-- Martin Luther King

Des reliques du martyre le plus important de la région ont transformé la voie secondaire en une des grandes artères d'Europe et l'église qui les abritait en mausolée royal. 
(Reliques du IIIe siècle, mausolée du VIe)

Suivre la rue Saint-Denis montre comment.

Plan de Paris en 1572 / zoom

En bref


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jeudi 29 décembre 2022

LA TRÈS LONGUE RUE SAINT-DENIS SE DIVISE EN SEGMENTS...


CHACUN RÉVELE LE PASSÉ 
 


Le premier segment, du XIIIe siècle, se termine à l'église dont vous apercevez le clocher (regardez très attentivement) :


#  #  #

La Rue Saint-Denis commence à la voie de commerce est-ouest...

 Paris au XIe siècle / zoom (déroulez la page)
 
Mais elle ne traverse pas cette voie pour arriver au fleuve, car  le « Grand Châtelet » bloque le chemin :   

      Quartier du Châtelet en 1750 / zoom

C'était une forteresse du IXe siècle qui empêchait les Vikings de remonter le fleuve est devenue une prison, le Tribunal, le chef-lieu de la police et la morgue.

 Le Grand Châtelet vu de la rue Saint-Denis par T.G.H. Hoffbauer / zoomdessin basé sur des archives


Remontons la rue.

              Les flèches jaunes montrent les emplacements, les rouges notre route.

LA CAMPAGNE HORS LA VILLE MÉDIÉVALE ÉTAIT SANS TRAITS MARQUANTS...


DONC LE DÉBUT DE LA RUE ACTUELLE N'EN A PAS NON PLUS 

Ce panneau informe sur les transports et les services mais ne dit rien du passé.

Des échoppes pour touristes et des fast foods s'alignent.



Puis vient une énigme : des rues séparées de quelques pas. 

             Adapté d'un plan de 1830 avec superposition moderne / zoom (déroulez la page)

La rue de la Ferronnerie suit l'enceinte disparue du haut Moyen Âge. Nous arrivons donc à des traces d'activités qui se passaient hors les murs.

      Vue du cimetière des Innocents, anonyme, 1814 / zoom

La rue des Innocents rogne l'extrémité de l'espace auquel nous arrivons, pour donner un peu plus de place à la population grandissante (vers 1820).

Nous découvrons le Cimetière des Innocents, un centre de mort, de commerce et de convivialité : à suivre.


It reste un lieu de bonne humeur,
avec ses réunions et manifestations.

Début de la manifestation américaine No Kings (« Pas de rois », contre Trump, en octobre 2025).

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mercredi 28 décembre 2022

UN CIMETIÈRE QUI DÉROUTE


UNE ÉGLISE ET UN CIMETIÈRE APPARAISSENT AU DELÀ DE
L'ENCEINTE DU Xe SIÈCLE
(VERS 1150)

Le Cimetière des Innocents vers 1550 de Hoffbauer, mentionné à la page précédente

La  « dance macabre » montre la Mort emmenant par la main des personnes de toute origine sociale.  L'évocation était courante aux XIVe et XVe siècles, temps de la Guerre de Cent Ans et de la peste. La version peinte au dessus des arches du Cimetière des Innocents est disparue ; celle-ci vient de la Bretagne.  

          L'Église et le Cimetière des Innocents par Jacob Grimer, XVIe siècle / zoom 

« SNF... » se réfère à la puanteur des fosses ouvertes.

             Adapté d'une bd / zoom

Mais c'était un lieu de négoce, de fêtes, de flirt, de querelles... .

Les Écosseuses de pois à la Halle par Étienne Jeaurat, XVIIIe siècle / zoom
Réjouissance donnée par la Ville de Paris aux Halles pour la naissance du Dauphin,1782, par Philibert-Louis Deboucourt / zoom



 « Les morts étaient abrités par les vivants :
sur chaque tombe une marchande de rubans,
 de dentelles, de colifichets [...] étalait gaiement sa marchandise...

-- Les Rues de Paris, ed. Kugelman, 1844, zoom 

[...]en souriant au chaland. Jamais on ne s'était si bien familiarisé avec la mort ; ces comptoirs d'un nouveau genre étaient sans cesse assiégés par les beaux oisifs du temps. On faisait l'amour aux Charniers comme dans un bazar ; on s'y donnait rendez-vous comme aux Tuileries [...] ». 

# # #

Les foules permettaient d'initier les voleurs souhaitant rejoindre la Cour des Miracles :

     La Chasse aux « gueux » /  zoom

          Adapté d'un plan de 1760 / zoom

Pour devenir membre le candidat 
retrouvait les voleurs au cimetière...

où il saisissait une bourse et fuyait. Les autres criaient « au voleur ! » et se joignaient à la poursuite, aidant le public à l'attraper et à le tabasser, volant en même temps. Si aidé par ses futurs camarades il s'échappait, tous se retrouvaient à la cour pour fêter son entrée. 

S'il n'échappait pas il était pendu.
     -- La Cour des Miracles, 2002, non signé 
                                     
Un roman historique commence par la puanteur

« À l'époque dont nous parlons [1738 ] 
il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable 
pour les modernes que nous sommes.

 Les rues puaient le fumier, les arrière-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton ; les pièces d'habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtepointes moites et le remugle acre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de souffre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés ; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le jus d'oignons et leurs corps, dès qu'ils n'étaient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient, les places puaient, les églises puaient, cela puait sous les ponts et dans les palais [... ]

Et c'est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale  [... ] c'était le cimetière des Innocents. Pendant huit cent ans [... ] on avait jour après jour charroyé les cadavres par douzaines et on les avait déversés dans de longues fosses, pendant huit cent ans on avait empli par couches successives des charniers et ossuaires. »  
-- Le Parfum : l'Histoire d'un meurtrier de Patrick Süskind, 1985

# # #

Mais toute la ville puait — on sentait Paris à trois jours de distance. Le nouveaux venus pouvaient s'en trouver mal,
mais les habitants y étaient habitués.
 
La mort aussi était partout. Mais ce qui comptait était la vie éternel, et mourir n'était terrible qu'hors les rites de l'Église.

Et ce cimetière était le seul grand espace central
ouvert au public.

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