ET ONT INSTAURÉ UNE CULTURE QUI LES APPRÉCIE
François Ier (1525-1547) souhaitait que sa cour reflète son autorité croissante, mais les nobles restaient dans leurs châteaux à boire et à guerroyer.
François Ier par Jean Clouet, vers 1530 / zoom
Alors il élargit une pratique du règne précédent : inviter des filles de nobles à la cour. Il prêta des robes et des bijoux somptueux aux trois cents jeunes femmes et les fit éduquer par la reine, en espérant qu'elles attirerait et civiliserait les hommes.
- Ce qu'elles ont fait. Des amitiés entre elles créèrent un réseau informel par lequel des hommes de leurs clans obtenaient ou passaient des informations, comprenaient ce qu'ils pouvaient obtenir sans le risque d'un refus et pouvaient préférer l'intrigue à l'agression.
-- Reines et favorites par Benedetta Craveri, 2005, p.46.
- La cour de la première partie du XVIe siècle reste célèbre pour son raffinement.
Tapisserie, publication du Musée de la Renaissance
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Soirée au Musée des Armées
- Les guerres de Religion de la deuxième partie du siècle brisent cette culture :
Le festin des généraux, 1535, tapisserie au musée de la Renaissance, publication du musée / zoom
- Quand Henri IV, fondateur d'une monarchie beaucoup plus puissante, accède au pouvoir et met fin à ces guerres, la goujaterie de la cour choque Marie de Médicis, son épouse florentine. Une auteure de romans historiques exprime son dégoût par cette réponse imaginée :
« Même à la cour il y avait un soudard dans chacun de ces hommes, et une fille publique dans chacune de ces femmes. Certains mots, certaines plaisanteries me faisaient fermer les yeux de confusion, même parfois me boucher les oreilles des deux mains... . »-- La Galigaï par Eva de Castro, 1987, p. 198
La rencontre à Lyon, cycle de Marie de Médicis par Rubens, 1626 / zoom
« Henri IV se tient mal ! » s'est exclamé ma fille de huit ans en découvrant cette œuvre.
Le meilleur chef militaire de son temps, il avait passé quarante ans à l'armée. Il ne se baignait jamais, se rasait rarement et croyait que puer était la marque d'un gentilhomme virile habitué aux combats, bien supérieur à un bourgeois amolli.
En dînant avec la reine, il l'éclaboussait. « Désolée, chérie », disait-il, et l'éclaboussait de nouveau. Mais ses lettres d'amour à ses amantes — on dit qu'il engendra cinquante-trois bâtards — sont des chef d'œuvres de style.
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Le changement est venu des « salons », où des femmes de la noblesse se rencontraient pour des conversations raffinées. Elles y inventèrent la célèbre « Carte du Tendre » qui expliquait aux gentilhommes que pour atteindre la « Mer dangereuse » de la passion il fallait avancer de village à village, pas à pas :
Ce code soulignait l'usage du monde, la maîtrise de soi et l'importance du rang, attributs que la monarchie porterait aux extrêmes.
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Reines et favorites, complémentaires et opposées :
- La fonction essentielle des reines était de donner des enfants à la France. Aussi, en participant aux cérémonies, en visitant les églises et en offrant des aumônes elles renforçaient et humanisaient la monarchie.
- Les jeunes demoiselles qui les entouraient assuraient le ton. Mais les reines elles-mêmes, des étrangères choisies pour des raisons politiques qui pouvaient ne jamais maîtriser le français ou les usages compliqués de la cour, restaient généralement en retrait.
- À partir du XVIe siècle trois reines émergent, comme régentes quand des rois décédés laissent des fils trop jeunes pour diriger, ou en maintenant leur influence sur eux.
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| Catherine de Médicis, reine mère 1559-1580's / zoom |
« Personne n'aime la putain de son mari », Catherine de Medici écrit, montrant que les reines devaient accepter les favorites décrites ci-dessous. Cette servitude lui apprit l'observation et la duplicité qui lui ont contribué à son souvenir terrible : « Je n'ai jamais cru que vous mangiez les petits enfants », la reine de Navarre lui a écrit.
Mais « Un opposant majeur et le vainqueur final, Henri IV, l'a appelé "un grand roi" ».
-- Sur Marie de Médicis, roman historique par Balzac, vers 1840
Lourde, avec des yeux globuleux, vêtue du noir des veuves, le pouvoir plus que l'élégance l'intéressait. Mais les quatre-vingt jeunes femmes qui l'entouraient pour séduire et espionner maintenaient l'éclat de la cour.
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| Marie de Médicis, régente et reine mère,1600-1616 / zoom |
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| Anne d'Autriche, régente puis reine mère,1643-1666 / zoom |
Marie de Medici, lointaine parente de Catherine, aimait aussi le pouvoir. Son historie est racontéd ici et ici. La charmante, sociable Anne d'Autriche laissa la politique à son brillant Premier Ministre, en dirigeant la cour de façon experte.
- Les favorites : les maîtresses royales officielles. Choisies par les rois, elles étaient généralement belles, cultivées et élégantes, des locomotives qui donnaient à la cour son éclat.
Diane de Poitiers, le pouvoir derrière Henri II, laissa Catherine de Médicis se morfondre pendant vingt ans. La marquise de Montespan contribua à la célébrité de la cour pendant les années les plus glorieuses de Louis XIV (1670-1685 environ). Son lien avec une empoisonneuse tueuse en série apporta sa chute : cliquez.
La marquise de Pompadour influença la culture brillamment et et la politique étrangère désastreusement. La comtesse du Barry laisse le rappel de son cri, « Encore un petit instant pour vivre ! » avant d'être guillotinée.
Les maîtresses royales encourageaient les nobles à rester à la cour coûteuse et étouffante, car si la favorite était de leur clan elle leur distribuait les largesses du roi, et si elle ne l'était pas, ils y intriguaient pour la remplacer. De plus, l'extravagance de ces favorites en faisait des paratonnerres, éloignant du roi la furie populaire.
-- Les Femmes du Roi-Soleil, 1998, par Simone Bertière
L'institution évolua au cours du XVIIIe siècle. Ni la Pompadour ni la du Barry étaient nées nobles (la dernière avait même été une escorte) et à une époque où la bourgeoisie gagnait en importance, on commençait à voir en les exploits érotiques du roi moins une preuve de bonne santé garantissant des belles récoltes qu'un dévergondage.
Mais à la Restauration les courtisans étaient ravis quand le roi âgé accorda un hôtel particulier à une confidante, y voyant un retour aux favorites et donc à l'Ancien Régime.
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La cour, les salons et les rôles complémentaires des favorites et des reinesexpliquent l'influence des femmes sur la culture française.
Elles ont encouragé les arts,
exigé un rapport courtois entre les genres
et transformé le luxe en goût.
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