mardi 19 janvier 2016

LA REINE BRISE DES RÈGLES QU'ELLE NE COMPREND PAS


« JE JOUIERAIS DES JOIES D'UNE VIE PRIVÉE, QUI N'EXISTE PAS POUR NOUS [LES ROYAUX], SI NOUS N'AVONS LE BON ESPRIT DE NOUS L'ASSURER » 
-- Marie-Antoinette

« Ma mémoire m'a rappelé fidèlement tout le charme qu'une illusion si douce faisait entrevoir à la reine, dans un projet dont elle ne pénétrait ni l'impossibilité ni le danger. »
-- Madame Campan, sa première femme de chambre

         Le Hameau par Claude-Louis Châtelet, 1786 / zoom
La ferme de conte de fée où la reine s'éclipsait avec sa clique  

Elle décrit de façon vivante les clans, les potins et les intrigues de la cour de Louis XVI, et explique comment Marie-Antoinette prit son désastreux chemin. 

*Son destin : Napoléon l'a nomme Directrice de son école de la Légion d'honneur pour les filles de militaires tués dans les guerres. Mais à la Restauration la fille de Marie-Antoinette la rejette pour avoir adhéré à Napoléon et elle meurt sans ressources et en disgrace.  

Passage au début de son mémoire

« Les gens sincèrement attachés à la reine ont toujours regardé comme un de ses premiers malheurs, peut-être même comme le plus grand [...] de n'avoir pas rencontré, dans la personne naturellement placée pour être son conseil, une personne indulgente, éclairée [...] qui aurait fait sentir à la jeune princesse qu'en France sa dignité tenait beaucoup aux usages [...] et surtout de garantir par un entourage imposant des traits mortels de la calomnie. »
-- Mémoires de Madame Campan, ed. 1988, pp. 52- 53, légèrement adaptés

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Marie-Antoinette n'a que quinze ans quand elle épouse Dauphin. Habituée à la cour relativement libre des Habsbourg, elle ignore les faux-semblants...

     Marie-Antoinette, Archduchess of Austria, douze ans, 1767-1768 / zoom

Par exemple, le frère du roi (le futur Louis XVIII) cache son hostilité par une fête où cinquante cavaliers sur des superbes montures combattent en son honneur.
-- Madame Campan, p.11

...croit que sa naissance lui permet d'ignorer les codes de la cour...

 « Arrangez tout cela comme vous l'entendrez : mais ne croyez pas qu'une reine, née archiduchesse d'Autriche, y apporte l'intérêt et l'attention qu'y donnait une princesse polonaise,* devenue reine de France.  » 
-- Madame Campan, p.372
        
*Marie Leczinska, épouse de Louis XV, était la fille d'un roi détrôné de la Pologne. Elle insistait sur l'etiquette pour pallier une origine considérée inférieure. 

...et ne comprend pas qu'à part l'obligation de donner des enfants à la France, le rôle des reines n'est que cérémonial. En devenant l'icône de la mode elle défie la tradition de rester dans l'ombre.

  
     Marie Antoinette en robe de mousseline, zoom / La comtesse de Polignac, suit cette mode / zoom. Les deux portraits, 1783 

Une reine ne doit pas conduire la mode, et le portrait ci-dessus, exposé, produit un tollé. Celui-ci, en costume traditionnel, le remplace : 

     Marie-Antoinette à la rose par Elisabeth Vigée-Lebrun, 1783, zoom

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Puisque Louis XVI n'a pas d'ami intime, elle assume involontairement le rôle de favori ou favorite, la personne la plus proche du roi.*

*Pour une description des rôles opposés mais complémentaires des reines et des favorites, cliquez.


 

 
Diane de Poitiers, vers 1550 ; Leonora Galigai, vers 1615 ; le marquis de Cinq-Mars, vers 1640 ; la marquise de Montespan, vers 1670 ; la Marquise de Pompadour, vers 1640 ; la Comtesse du Barry, vers 1770

 Ils étaient détestés — et indispensables : 

  • En tant que nobles, ils partageaient les dons du roi avec leurs clans, qui obtenaient ainsi l'accès au pouvoir sans risquer une révolte.
  • L'institution avait évolué : la puissante monarchie rendait les révoltes impossibles et les favorites d'origine roturière de Louis XV (Jeanne Poisson faite marquise de Pompadour et Jeanne Bécu, faite comtesse du Barry) n'avaient pas de clan a favoriser.
Mais des clientèles s'improvisèrent autour ou contre elles, favorisant les luttes d'influence et les intrigues qui donnaient son sens à une vie de cour étouffante et coûteuse.
  • Ils étaient aussi des paratonnerres, leur extravagance concentrant la furie populaire sur eux plutôt que sur le roi, cru paternel mais trompé. 
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En choisissant un petit nombre de proches dans une cour où la proximité aux royaux déterminait l'identité, Marie-Antoinette s'attira des ennemis puissants.*

*Louis XV avait déjà brisé les règles quand sa favorite, la Marquise de Pompadour, organisa et joua des comédies où seuls quelques privilégiés étaient invités. L'innovation a été  annulée sous prétexte de son coût, mais en fait à cause de l'hostilité de courtisans exclus.
-- La Reine et la favorite par Simone Bertière, 2000, pp. 347-354 
 
Les plus chères amies de la reine étaient désintéressées...

Madame Campan dit de la comtesse de Polignac (portrait ci-dessus), "J'ai toujours cru que sa sincère attachement à la reine, autant que son goût pour la simplicité, lui faisait éviter tout ce qui pouvait faire croire à la richesse d'une favorite. Elle n'avait aucun des défauts qui accompagnent presque toujours ce titre.
               
La princesse de Lamballe, qui reviendra d'Angleterre pour être près de reine quand son destin assombrit, refuse de la renier et est massacrée.

                                                                       zoom                                                                           zoom
Son portrait de gauche, fait en 1776, révèle les codes de la cour. Celle de droite, sans date mais plus tardif, montre une coiffure beaucoup plus simple et le sein découvert signal l'opposition aux habitudes. 

...mais leurs clans monopolisent les avantages. 

Film pour la télévision, disparue du web

Les courtisans écartés deviennent des ennemis. Ils sont les auteurs des tractes pornographiques* que les révolutionnaires du Palais-Royal disperseront à travers royaume entier.
  
*Tel la Vie de Marie-Antoinette qu'on peut lire sur le web.
 
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Sans les erreurs de la reine « Les Parisiens se seraient très probablement repris d'amour pour le Roi.*

*Après la fuite à Varennes, à suivre 

Ils avaient eu de tout temps un faible pour le gros homme qui n'était nullement méchant, et qui, dans son embonpoint, avait un air de bonhommie béate et paterne, tout à fait au gré de la foule. « Les dames de la halle l'appelaient bon papa ; c'était toute la pensée du peuple. »

-- Michelet, p.77
En cassant les codes
Marie-Antoinette contribue
 à la chute de la royauté.

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Suite,



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