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samedi 30 août 2014

6.2.3. CARNAGE ET GUERRE CIVILE

MENU : 6.2.3. Carnage & guerre civile

1871, « LA SEMAINE SANGLANTE » : AUX  ORIGINES DE LA VIOLENCE DE MASSE MODERNE 
(21-28 MAI, 1871)


Guerre civile de Édouard Manet, 1871 / zoom

Le titre du dessin est générique. Mais l'église en arrière plan est la Madeleine, le vestige de la barricade est emblématique de Paris et le cadavre, qui tient un chiffon blanc, porte l'uniforme des gardes. 

En bref
 
 *     *     *

Suite,



jeudi 28 août 2014

UN COMBAT DE PAUVRES


« J'ÉTAIS JADIS UN PETIT EMPLOYÉ DE MAIRIE. ON M'Y AVAIT VU ÉCRASER DES LARMES...

quand le nouveau-né était apporté dans une blouse qu'avait enlevé de ses épaules le père misérable, grelottant sous le froid de l'hiver. 

J'en avais connu qui en moururent, et j'étais allé à leur enterrement. On se l'est rappelé, dix ans après. » 

Jules Vallès est élu député. 

*     *

« Beaucoup d'hommes faisaient peur à voir : petits, décharnés, déformés... ils se battaient pour que leurs enfants soient moins chétifs, moins décharnés, moins vicieux... » 

-- Louis Rossel,* cité par Pierre Milza, La Commune, 2009

*Le seul officier de l'armée régulière à rejoindre La Commune espérait qu'elle continuerait le combat avec la Prusse. Versailles le fusillera. Il avait 27 ans.

L'Appel par André Devambez, 1906, musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis / zoom
Peinture d'après les souvenirs du père de l'artiste et de survivants. Au premier plan, des pavés enlevés pour construire une barricade.



Des femmes 

Trois pétroleuses :Marchais, Suetens et Rétiffe par Daniel Vierge, 1871
musée Carnavalet / non exposé 
 Publié et commenté dans Ma Commune de Paris

Louise Michel, la vierge route de la Commune, raconté par Alain Decaux, 2019

Le mythe que toutes aient été tuées sur une barricade qu'elles défendaient montre le respect des hommes.

 La Barricade de la place Blanche défendue par des femmes (recadré), artiste et date inconnus / zoom
musée Carnavalet, non exposé

À une autre occasion : « ...drapeau rouge déployé, venaient nous retrouver une vingtaine de femmes parmi lesquelles... » [leurs noms suivent]. Et encore : « elles pensaient les blessés sur le champ de bataille et souvent ramassèrent le fusil d'un mort. »
-- Louise Michel
Des « enfants perdus » 

Prisonniers à Versailles
      -- Les Enfants perdus de la Commune

  • « V. Thiebaut, âgé de quatorze ans, accourait à travers le balles donner à boire aux défenseurs. Les balles ayant forcé les fédérés à se replier, ils allaient sacrifier les vivres du bataillon lorsque l'enfant se précipite malgré les obus sur une pièce de vin qu'il défonce en criant, 'Ils ne ne boiront toujours pas notre vin!' Au même instant, saisissant la carabine d'un fédéré qui vient de tomber, il la charge... ».
-- Lissagary, Appendice V, un récit qu'il dit pris au hasard.


   Un mariage sous la Commune par Félix Guerie, musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis, sans date / zoom
Une peinture anti-communarde


Ils transmettent des messages, construisent des barricades, portent des obus et bien que la plupart des bataillons ne prennent pas de jeunes de moins de dix-sept ans, Louise Michel inclut des garçons beaucoup plus jeunes parmi ses compagnons d'armes. 

Beaucoup sont orphelins, obligés de se débrouiller. Leurs origines et leur comportements sont les mêmes que ceux des gardes mobilesmais leur encadrement et donc leur philosophie sont très différents. 


C'est une raison pour le peu de crimes pendant la Commune.


*     *

Bismarck renvoie 100,000 prisonniers de guerre en France pour que son gouvernement réprime une transformation sociale qui pourrait s'étendre : le dessin montre l'armée remplissant une des avenues les plus vastes du monde.

    Le Départ de Versailles, place d'Armes, par Crafty, 1871 / zoom

      Avenue de Paris,Versailles / zoom 

Quelqu'un de l'ouest parisien aisé ouvre pour l'armée la porte de l'enceinte. Les troupes entrent sans combat et les résidents les accueillent avec joie. 

    21 mai 1871, les troupes pénètrent dans Paris par Charles Vernier, 1871 zoom
Le commandant agite son épée avec cordialité à une foule qu'on divine.  

Un couple bien habillé est ravi. 

Le 24 mai 1871 l'armée réunie à Versailles parvient après un siège en règle entre dans Paris. La population manifeste sa joie et fait à nos soldats l'accueil le plus sympathique. L'insurrection est vaincue, et les coupables qui ont sacrifié les otages et incendié la capitale, sont punis de leur crimes

« Tout au long des Boulevards...

des foules de gens bien habillés sortirent pour accueillir les troupes aux pantalons rouges. Ils applaudissaient. Ils avaient l'air d'être à l'Opéra et criaient : 'Bravo ! ' comme si une bataille avait été gagnée. Au dessus des soldats qui marchaient, des pièces de monnaie étaient lancés des fenêtres et sonnaient en arrivant sur les trottoirs. Dans cette partie de Paris, les pavés étaient restés sans bouger sur les chaussées. Les gens ne s'étaient pas soulevés, attendant d'être sauvés, jouant aux cartes pour passer le temps. Aussitôt qu'ils ont su que la situation était sûre, ils se sont rués dehors, des bouteilles de vin à la main. Les beaux messieurs se tenaient debout, souriants, pendant que les bras de leurs femmes s'ouvraient, couvrant les cous suintants de soie  et de satin, envoyant des baisers à la volée vers les képis. »
-- Liberty's Firetrad. Jean-Pierre Sutra


Après un détour pour punir les rebelles de Montmartre l'armée se dirige vers des territoires de l'est.


Marche des troupes Versaillaises, 21-22 mai / zoom


Elle cherche
 « les épouvantails des gens de l'ordre ».
-- Louise Michel


La Prise d'une barricade par Daniel Vierge, reproduite dans l'Humanité

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samedi 16 août 2014

LE MASSACRE DES MISÉRABLES


LA BARBARIE DE L'ARMÉE COMMENCE AVEC LE PREMIER COMBAT
(LE 3 AVRIL)

Thiers fait reprendre la colline oubliée dans sa fuite. Ses canons arrêtent une marche communarde sur Versailles :  
Épuisé et séparé de ses troupes, le chef communard Gustave Flourens se réfugie dans une auberge. Dénoncé, il sort sans arme...
-- La biographie de Flourens, Le Chevalier rouge, 1987 (ebook en pdf)

« Un capitaine de gendarmerie fend le crâne du désarmé avec une telle force qu'il lui fait deux épaulettes, dit un gendarme qui avait le mot jovial. »
-- Lissagary

    Raspu'team
Les soldats emmènent son cadavre à Versailles dans un wagon de fumier. Le tueur deviendra un juge et obtiendra la Légion d'Honneur.  

Versailles considère les communards des criminels envers lesquels les règles concernant les prisonniers de guerre
ne s'appliquent pas :
 
  • La Semaine sanglante commence par la fusillade de trois cent gardes aux barricades de la place Concorde (le 23 mai).

 Zoom /  Photographe inconnu
La barricade de la place Vendôme, à quelques pas de la place de la Concorde

  •  « Le bruit court que des furies jettent du pétrole enflammé dans les caves. Toute femme mal vêtue peut être traînée contre le mur le plus proche, on l'y tue à coups de revolver ».
-- Lissagary

     « Types de la Commune » par Lefman, 1885, zoom

 

  • On poursuit des gardes jusqu'aux dans les catacombes « avec des chiens et des flambeaux ».
-- Louise Michel

Poursuite des insurgés dans les catacombs / zoom  
     musée Carnavalet, non exposé 
Des soldats perdus dans le labyrinthe pensent mourir jusqu'un prisonnier les guide à une sortie. Ils lui laissent la vie mais n'en disent rien : « leurs maîtres les eussent punis de mort. »
-- Louise Michel

*      *

Une ville surréaliste

  • Des pots de fleurs couronnent les barricades et par le splendide temps de mai et les femmes des combattants apportent de quoi y pique niquer.

  • Les cafés et les restaurants restent ouverts : quand le combat est intense, « Il n'y a guère le temps pour une tournée aux zinc ».
-- Les deux remarques, Vallès

Bientôt... 

  • Des souvenirs racontés à Hemingwayun demi-siècle plus tard : « Ils étaient des descendants des communards [... ] ils savaient qui avait fusillé leurs pères, leurs frères et leurs amis quand les troupes versaillaises prirent la ville après la Commune et exécutèrent toute personne avec des mains endurcies qu'ils pouvaient attraper. » 
-- Les Neiges du Kilmanjaro

* Américain venu à Paris dans les années 1920, il vivait à la rue du Cardinal Lemoine dans le 5e, alors misérable.

Internet, autres informations illisibles 
Examen des mains de prisonniers fédérés à Belleville 


  Internet, autres informations illisibles
 Exécution sommaire d'insurgés rue [suite illisible] 

  • « L'odeur de cette immense sépulture attirait sur la ville morte l'essaim horrible des mouches des charniers ; les vainqueurs craignant la peste suspendirent les exécutions.
-- Louise Michel

  • « Le Sénat et les rues avoisinantes ressemblait à un vaste champs de bataille, après la victoire. Les morts s'étalaient en plein soleil. Le sang tachait les murs. Il n'y avait guère de coin qui n'avait pas ces deux ou trois cadavres. »
-- Mes cahiers rouges. Souvenirs de la Commune de Maxime Vuillaume, ed. 2011, p. 54

Illustration, Internet
 « Enlèvement des cadavres par des passants, requis à cet effet après l'action. »

Adolphe Eugène Disderi, le photographe de l'Empereur, Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Denis
Photos dans la réserve du musée, exposées vers 2015 mais pas en 2020 ou 2024 (dates de mes visites)

Photos rendues accessibles par un professeur de lycée

  • Des enterrements dans les cimetières de Paris, de la banlieue et de Versailles auxquels s'ajoutent des cadavres jetés dans des fosses ou dans la Seine, ou empilés et brûlés, font estimer le nombre de morts à 20 000-30 000.  

« On compte ceux qui meurent 

mais d'un côté seulement ;
de l'autre on ne compte pas, 
on ne pourrait pas. »

-- Louise Michel

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