UN CHEMIN LUGUBRE CONDUIT AU GIBET DE MONTFAUCON
(COMMENCÉ EN 1303, DÉMOLI EN 1760)
-- La principale étude utilisée ici :
Condamner à mort au Moyen Âge, 2018, par Claude Gauvard
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Disparu du web
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Le trajet prenait quatre ou cinq heures à partir de la prison de Châtelet :
Adapté d'un plan de 1609 / zoom
Il n'en reste aucune trace (le site est au 18 rue Boy-Zelensky, 10e, m° Colonel Fabien).
Les gibets étaient construits à des carrefours hors les villes,
sur des hauteurs pour être vus de loin : le mot vient de « jebel »,
« montagne » en arabe, un terme ramené par des Croisés :
Montfaucon, le gibet du roi, se dressait avec ses seize piliers reliés par des poutres, permettant d'exposer une trentaine de cadavres. Les villes et les nobles possédaient leurs propres gibets, dont le nombre de piliers — de deux à huit — reflétait leur rang social. Cependant, l'affirmation progressive du pouvoir royal rendit leur utilisation de plus en plus rare, les réduisant à de simples symboles de prestige.
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Selon la situation militaire, les convois s'arrêtaient au couvent des Filles-Dieu, juste avant ou après la porte Saint-Denis :
Dessin d'un livre du XIXe siècle sur Paris / zoom
Devant un grand crucifix l'aumônier versait de l'eau bénite sur la tête du condamné, lui préparant à la mort comme le baptême prépare à la vie. Ensuite une religieuse lui donnait un verre de vin et trois morceaux de pain : une préparation pour l'autre monde.*
Un second arrêt était à la « Croix de Craon », où le condamné faisait sa dernière confession :
Saturn avec ses enfants (détail), anonyme, fin du XVe siècle / zoom
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à été écrit par le voleur et meurtrier Francois Villon en attendant d'être pendu à Montfaucon :
Frères humains* qui après nous vivez,
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci,
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six [... ]
De notre mal personne ne s’en rie
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
-- Pour le texte complet, cliquez sur le lien ci-dessus
*Ces mots commencent la mémoire imaginée d'un officier SS de la Deuxième Guerre Mondiale, qui dit, « Je suis coupable, vous ne l'êtes pas, c'est bien. Mais vous devriez peut-être vous dire que ce que j'ai fait, vous l'auriez fait aussi. Avec peut-être moins de zèle, mais peut-être aussi moins de désespoir, en tout cas d'une façon ou d'une autre. » Il demande qu'on ne juge pas, comme le fait Villon, mais les mémoires s'arrêtent brusquement et on suppose que ses souvenirs l'ont rendu fou.
-- Les Bienveillantes par Jonathan Little, 2007
Le lieu exprimait le pouvoir :
- Les illuminations de Montfaucon incluent le roi.
Le Supplice des Amalnicians devant Philippe II de France par Jean Fouquet, mi-XVe siècle
, zoom
Le Martyre de Sainte Catherine par Jean Fouquet / zoom
- Y exhiber les restes d'adversaires montrait l'étendue de leur défaite, comme l'a fait Charles IX en y exposant le corps mutilé de du chef protestant Gaspard de Coligny après le massacre de la Saint-Barthelémy :
Le Massacre de la Saint-Bartholomé par François Dubois, 1572 / zoom
Gaspard de Coligny va être jeté par la fenêtre. Le tableau montre Monfaucon en arrière-plan.
« Le 28 août 1572 Catherine de Médicis, Charles IX et la cour firent visite au cadavre de l'amiral Coligny pendu par les pieds au gibet (car le cadavre n'avait plus de tête).
Quand on engagea le roi à ne pas s'attarder dans ces lieux puants, il a répondu: 'Allons donc, messieurs, est-ce que le cadavre d'un ennemi ne sent pas toujours bon ? Toutefois il n'est si agréable compagnie qu'on ne quitte. Salut, noble Gaspard' et le roi et les gentilshommes ont mis chapeau bas et s'en retournèrent satisfaits. »
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Illustration de La Balade des pendus / zoom
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