lundi 25 octobre 2021

MILLIONAIRES ET BALLERINES


ENTRETENIR UNE DANSEUSE, UNE SOURCE D'IDENTITÉ, DE
PRESTIGE ET DE CRÉDIT

 « ...Monsieur Leuwen, le riche banquier qui entretient 
Mademoiselle des Brins, de l'Opéra... »
-- Lucien Leuwen par Stendhal, 1834

Le deuxième acte terminé, les abonnés rencontraient les danseuses en coulisse, ou dans une salle spécialement créée à cet usage. L'idéalisation de ces rencontres a contribué à la célébrité de Paris pour le libertinage de luxe :

Les coulisses de l'Opéra par Jean Béraud, 1889, musée Carnavalet

Le foyer de la Danse, archives de l'Opéra

La salle « est destinée à servir de cadre aux gracieux essaimes de ballerines [...] on dirait un kaléidoscope quand elles s'entremêlent de mille et mille manières. » 

-- Charles Garnier
Vu par Degas 

À l'exposition Degas à l'Opéra au musée d'Orsay

*     *

Ces ballerines, « l'élite des plaisirs parisiens »

  • « Sa mère, comme j'ai appris depuis, à mon horreur, était une danseuse à l'Opéra » 
-- Dit de Becky Sharp, l'aventurière de La foire aux vanités, 
par W.M. Thackeray, Londres 1848

Par Degas

  •  « C'est ma danseuse... » 

L'expression évoque une activité qui exige immenses ressources et ne donne rien en retour. Elle se réfère aux demandes exorbitantes des danseuses.


De milieux humbles, généralement illettrées, les ballerines n'ont laissé aucun témoignage et nous les connaissons que par les hommes qui les méprisaient.

Elles les méprisaient en retour. Le ruban noir de la jeune femme ci-dessus rappelle le collier de chien, c'est-à-dire, « Nous savons ce que vous pensez de nous. Nous ne vous aimons pas non plus ».
-- Nadège Maruta, 
chorégraphe et historienne du french cancan, communication personnelle

  • La vengeance de danseuses et de courtisanes : « À chaque bouchée, Nana dévorait un arpent... 

Elle passait, pareille à une de ces nuées de sauterelles dont le vol de flamme rase une province. Elle brûlait la terre où elle posait son petit pied. Ferme à ferme, prairie à prairie, elle croqua l'héritage [...] comme elle croquait entre les repas, un sac de pralines posé sur ses genoux [...] mais un soir, il ne restait qu'un petit bois. Elle l'avala d'un air de dédain, car ça ne valait même pas la peine d'ouvrir la bouche. »
-- Nana par Émile Zola, 1880

La coutume commence son déclin quand les « filles de l'Opéra »
font grève avec le reste du personnel, et obtiennent des salaires décents : des lettres furieuses d'abonnés montrent que beaucoup
d'entre elles refusent alors ce « mécénat ».
(En 1912) 

Elle disparaît quand Jacques Rouché, un protestant austère devenu directeur, supprime les privilèges des abonnés en finançant les spectacles lui-même.
(Années 1930) 
-- Pascal Payen-Appenzeller,
 historien de Paris, communication personnelle

Quand Rouché vient au bout de ses ressources,
l'État prend la relève.

(En 1939)

  *     *     *  

Suite,



dimanche 24 octobre 2021

« LA PETITE DANSEUSE » DE DEGAS



LES BALLERINES MONTAIENT SUR SCÈNE À 13 OU 14 ANS
ET LEUR ENTRAÎNEMENT COMMENÇAIT À SIX OU SEPT :
AINSI COMMENCE LA DÉBAUCHE D'UNE HÉROÏNE DE BALZAC 
(CORALIE EN SPLENDEUR ET MISÈRE DES COURTESANS
 

On les appelait des « petits rats » car leur trottinement rappelait celui des rats.

Par Degas
 Remarquez l'homme à gauche et l'échange de regards.


La pédophilie, tolérée :

Au Palais-Royal, Internet, sans autres informations

« Petite danseuse, quatorze ans » : pour Degas, le front bas et la mâchoire saillante étaient simiesques, des signes de dégénération et de criminalité latente.


Internet, photographe inconnu
La statue est d'abord exposée dans une vitrine, comme un spécimen.

« Le museau vicieux de cette adolescente, cette petite fleur de la gouttière, marque sa figure avec la promesse détestable de tous les vices. »
-- Critique cité dans The Painted Girls [Les Filles peintes]) par Cathy Marie Buchanan, 2013,
 un roman sur le personnage réel, basé sur des faits


Les communards : 
« Si vous ne voulez pas que vos filles
soient des instruments de plaisir
 de l'aristocratie de l'argent,
ouvriers levez-vous ! »
-- Cité dans Paris Babylon par Rupert Christiansen, 1994

*     *     * 




jeudi 21 octobre 2021

UN PLAFOND DÉCORÉ PAR UNE ORGIE


DES NYMPHES SÉDUISENT DES SATYRS SOUS LE REGARD DE BACCHUS,* DANS UN DÉCOR QUI COUVRE LE PLAFOND ENTIER DU SALON DES ABONNÉS
-- La fête de Bacchus par Georges Clairin

* Dieu de la débauche

      Internet, photographe inconnu




Fin de cette section.

*      *      *

Suite,
 La prochaine section,




mercredi 29 septembre 2021

DES MAGNATS PRESQUE ÉGAUX À L'EMPEREUR



DES ROTONDES ET DE VIDES JUMELÉS ENTOURENT L'ÉDIFICE

Sauf pour la mention de Napoléon III sur la façade, le monument suggère que les abonnés sont ses égaux.

     Claude Abron 
Le même dessin pour l'Empereur et abonnés sur le terrain le plus coûteux de la ville. 

Le traitement des vides :

  • Une rampe pour les chevaux souligne celle de l'Empereur, une colonnade celle des abonnés.   



    • Des cariatides accentuent les  deux entrées. Une paire vêtue de draperies entoure celle de l'Empereur...


      Et une colonnade de quatorze nus celle des abonnés.  Avant leur restauration en 2016 ils radiaient une sensualité discrète... à suivre.

       Félix Sinpraseuth

           Alex Varenne
      «Tu viens, chéri ? »

      En art officiel les corps idéalisés représentent la République, la Justice, etc. et, froides abstractions, n'incitent pas le désir. Unique autre exemple à cette l'époque de nus sensuels : la bacchante de La danse par Carpeaux, sur la façade. 

      Ces statues évoquent les ballerines et soulignent l'immensité du vide.

      Roland Halbe-Yatzer

      Illuminés par les lanternes des cariatides
      les magnats laissent leur calèches
      dans le parking géant
      et se sentant maîtres de l'univers,
      se dirigent vers leur entrée, leurs relations d'affaires
      et les danseuses. 

      *     *     *

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      mardi 28 septembre 2021

      OCCULTER L'ÉVIDENT ET S'EN TIRER


      REVENONS AU SALON DES ABONNÉS, DONT LE PLAFOND ENTIER EST RECOUVERT D'UNE PEINTURE ÉROTIQUE 

      La scène la plus explicite frappe le regard en entrant. 
       


      Mais :
       
      • L'audio-guide commente des éléments mineurs de décoration (des bustes et des petites tapisseries) et ne parle ni des abonnés, ni du plafond.


      • Les visites l'ignorent. Quand je suis dans le salon avec des visiteurs et un groupe arrive, on écoute le guide, qui omet le plafond. Les clients ne disent rien.   

      Les remarques du site web montre qu'un seul visiteur s'étonne qu'un tel sujet termine la découverte d'un exemple majeure de haute culture : 


      Harald Wolff

      L'Opéra réussit l'exploit de transformer
       l'appât du gain et la pédophilie en grandeur,
      et (presque tout) le public,
      celui de l'ignorer.  


       *     *     *

      Suite,





      samedi 25 septembre 2021

      MASQUER LE SENS DU MONUMENT


      PAR RÉNOVATION OU CAMOUFLAGE, LA PRÉSENCE DES ABONNÉS A DISPARU

      La porte des abonnés est presque invisible :

      La flèche la montre peut-être, mais je me souviens d'une porte plus simple. Je n'ai pas pensé prendre une photo. 

      Autrefois presque palpablesles statues « restaurées » sont noires, lisses et froides :



      # # #

      Effacer les abonnés et leur vide oblige de masquer le vaste espace. Pour deux tiers s'est facile...  

        • On ne voit que la colonnade de la partie nord pour une grande partie de la journée car on a la lumière dans les yeux.


        • Le centre est une terrasse de restaurant.  Des tables et des restaurants divisent son immensité.


        • De la verdure et une barrière la séparent de la rue :



        • Les passants ne remarquent rien:



      # # #

      Mais le dernier tiers demeure. Changer la sortie de l'édifice le dissimule aux visiteurs:  

        •  Ils quittaient le monument par un vaste portail en verre, descendaient de larges marches et traversaient le vide. Leur dernière impression était de majesté :




        • Vers 2018 une sortie petite et sombre les conduisait directement à la rue.
      C'est un des nombreux détails qui semblent sans importance, et qui peuvent éclairer ce qui compte le plus.  
       
      Mais en ce qui concerne les passants
      il n'y avait rien à faire.


      Où c'est ce qu'il semblait. 

      *    *    *