mercredi 31 décembre 2014

V. LES TRANSFORMATIONS NE SERVENT À RIEN : LA COMMUNE


« CET ÉTRANGE PRINTEMPS OU LA RÉVOLTE SORTIT DE TERRE » COMMENCE QUAND LE GOUVERNEMENT PERD LA MAÎTRISE DE L'ARMÉE ET S'ENFUIT À VERSAILLES,
LAISSANT LA VILLE À CE QUI SERA « LA COMMUNE DE PARIS* »

*Nommé d'après le gouvernement populaire qui sauva la Révolution contre toute attente.


Ainsi commence la lutte entre « Versaillais » et « Communards.

    Zoom

Une guerre civile qui...

  • Préserve la république en rassurant les privilégiés.  

  • Explique l'absence de Mairie à Paris jusqu'en 1977.

  • Efface la résistance au capitalisme pour une génération.

  • Creuse les antagonismes sociaux de façon incommensurable. 


# # #

Malgré la volonté d'effacer son souvenir il se poursuit :

Peinture de Louise Michel, l'héroïne emblématique de La Commune, au chef-lieu syndical de la partie populaire du 18e.

Le cri du peuple, roman de Jean Vautrin, dessins de Jacques Tardi (ed. Castermann), 2021
BD

Commémoration du 150e anniversaire (en 2021) au cimetière du Père Lachaise, où les communards ont livré leur dernière combat.  


Suite, 




dimanche 30 novembre 2014

V.1. UNE SOCIÉTÉ ÉGALITAIRE SURGIT

MENU : 5.1. Une société égalitaire surgit

« CENT MILLE HOMMES SONT LÀ, DONT LES CŒURS BATTENT 
À L'UNISON » 
-- Maxime Vuillaume, Mes cahiers rouges, souvenirs de la Commune, vers 1910
en évoquant la proclamation de La Commune. 
D'autres sources expriment la même euphorie.

Les humbles prennent les commandes et sont écrasés avec une sauvagerie qui annonce les massacres du XXe siècle. 


Proclamation de la Commune, 26 mars 1871 de Daniel Vierge, Musée Carnavalet / non exposé au moins au moment de mes visites régulières.

      
Pour poursuivre :

Gare au web, où les textes sont souvent erronés. Exceptions : le blog Ma Commune de Parisces liens et les pages du site Maitron (d'après un spécialiste du mouvement ouvrier français).

Textes : 




  • De la droite :

 Le récit de Maxime du Camp (1879), férocement réactionnaire, sur lequel toutes les études anti-communardes s'appuient. Le plus important est celui de Robert Tombs (1999).


  • Depuis 1990 environ, une « démystification  » efface l'esquisse socialiste de La Commune et minimise la férocité versaillaise : Jacques Rougerie dans un article écrit avec Tombset Quentin Deluermoz (critiqué par Emmanuel Braudely, à suivre, pp. 68-69).

L'écriture de ce dernier est souvent opaque : « La Commune est avant tout transitivité et suspension ». Elle fait penser à celle qui cache la forteresse du Louvre : les deux innovations, qui datent de 2020, camouflent la réalité par une inintelligibilité prétentieuse.

  • À gauche, études

    • Celle de Paul Lidsky (1999, ré-ed. avec ne postface 2010) :


    • L'introduction à La Semaine sanglante de Michèle Audin et Les Historiens contre la Commune d'Emmanuel Braudely, à suivre. 

  • Fiction :
  • De droite, La Bataille du Père-Lachaise, nouvelle de trois pages de Alphonse Daudet, montre des communards se rendant sans combattre après une orgie dans les tombes. (Elle paraît en anglais sur le web).

 

  • De gauche, Comme un rivière bleue de Michèle Audin (2017), raconte des personnages humbles pendant la Commune.

• Récits communards 



    • L'Insurgé, le roman autobiographique de Jules Vallès, plonge dans les discussions, les brouilles et les espoirs des rebelles (1879 (pdf).

    • Histoire de la Commune de 1871 de Pierre-Olivier Lissagary, journaliste, combattant et refugié à Londres ; texte que la fille de Marx a traduit en anglais et qu'on peut lire sur le web. Appendices utiles (1875, re-ed. 1990) (pdf).

    • Mes Cahiers rouges du journaliste Maxime Vuillaume (1908-14). Vuillaume était un éditeur de Le père Duchêsne, quotidien très lu pendant la Commune. Il est devenu le secrétaire de Clemenceau.

 BDs



Le cri du peuple de Jacques Tardi d'après un roman de Jean Vautrin (Casterman), 2001-04.

Louises, les femmes de la Commune, de Eloi Valet, 2019 : critique du Monde diplomatique


•  Deux romans, écrits pour des jeunes mais utiles pour adultes :



  • Liberty's Fire de Lydia Syson (2015),  surtout la dernière partie, sur la répression.

L'auteure est l'arrière-arrière petite fille de N.F. Dryhurst, qui enseigna à l'école d'anarchism que Louise Michel fonda en 1890 à Londres pour échapper à la surveillance de la police française. 

Une histoire de jeunes, amis ou amoureux, e
n anglais, mais... 
« Je vous remets quelques pages 
parce que cela m'a amusé de tenter quelque chose », a dit un bibliothécaire de la médiathèque locale, à laquelle j'avais confié le roman pour une exposition sur La Commune. Ces « quelques pages » traduites par Jean-Pierre Sutka incluent :

    • Une liste descriptive des personnages.
    • Un résumé de chaque chapitre.
    • Une traduction complète de la dernière partie, la plus importante, un tiers du livre environ.

  • Un film : La nouvelle Babylone, film muet soviétique (de 1929). La photographie est magnifique, comme la première partition de Chostakovitch, qui avait 20 ans :

« Merveilleux exemple de comment, quand Hollywood produisait des comédies et des féeries costumées, des directeurs soviétiques créaient un cinéma entièrement différent, avant que tout tourne si terriblement mal. »
-- Commentaire de site web

D'autres études et sources apparaissent
quand pertinentes.
 

*      *      * 

vendredi 31 octobre 2014

V.1.1. UNE RÉVOLUTION IMPROBABLE

MENU : 5.4.1. Une révolution improbable

DES RÉACTIONNAIRES PROVOQUENT « L'ANNÉE TERRIBLE » DE DÉFAITE, INSURRECTION ET CARNAGE 
(1870-1871)

Ils lancent la France dans une guerre sans préparation ou alliances, croyant qu'une victoire empêchera une victoire des libéraux à la prochaine election. 

Internet / source non indiquée


Une guerre voulue 
conduit au désastre. 

*    *    *

Suite,




lundi 27 octobre 2014

AGITER LE DRAPEAU POUR ENTRAVER L'OPPOSITION


DES RÉACTIONNAIRES DU SECOND EMPIRE ET BISMARCK SOUHAITENT LA GUERRE, POUR FREINER LES LIBÉRAUX EN FRANCE ET POUR UNIR LES ÉTATS ALLEMANDS AUTOUR DE SOI EN PRUSSE 
(EN JUILLET 1870) 


« À Berlin ! » crient des Parisiens.



Dès les premiers jours les Français sont battus :

     L'Infanterie prussienne repousse les cuirassiers français, le 6 août 1870, Musée d'art et d'histoire de Saint-Denis


Les Funérailles du drapeau (détail) de Emmanuel-Auguste Masse / sans date, vente d'antiquaire / zoom
Pour qu'un drapeau français ne devienne pas un trophée, un général le déchire et donne les morceaux aux troupes. 

En six semaines leur armée est perdue et l'Empereur fait prisonnier.
(Le 2 septembre, à la bataille de Sedan)  

      Napoleon III se rend, Arte (chaîne de télévision franco-allemande), YouTube, 2006

           Otto von Bismarck et Napoléon III après la bataille de Sedan en 1870 de Wilhelm Camphausen, 1871 / zoom


# # #

Dès la nouvelle connue on proclame la République. La seule révolution française sans perte de sang réussit en une matinée. 
(Le 4 septembre) 

Illustration dans Histoire de la Révolution de 1870 de Jules Claretie, 1872 -1875

« Une mer humaine emplissait la place de la Concorde. Paris ne s'attarda à s'inquiéter de Napoléon III, la République exista avant d'être proclamée. » 
-- Louise Michel 

L'Impératrice fuit, laissant son déjeuner sur la table.

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La division entre républicains « modérés » et progressistes  apparaît immédiatement :  

  • Les nouveaux dirigeants disent « Gouvernement de Défense national » pour ne pas dire « République ».

  • Ils n'organisent pas d'élections, malgré la demande populaire.

  • Se souvenant des trahisons de 1830 et de Juin '48, en quelques heures des progressistes réclament des élections dans chaque arrondissement pour contrôler les maires et réunir les réclamations.* 

*« Un médecin de Montmartre, E. Dupas, propose cette organisation en sautant sur une table. Dans une ambiance très influencée par la Révolution, cela a surement fait penser à l'appel aux armes de Camille Desmoulins . »
-- Lettre parue dans le journal du journal Rappel du 6 septembre,
cité dans Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris
de Jean Dautry et Lucien Scheller, 1960,p. 13 / zoom

Le lendemain 4-500 militants établissent un Comité central pour travailler pour être un contrepoids. 

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Quand Bismark exige l'Alsace-Lorraine, une guerre qui n'avait concerné qu'un conflit dynastique espagnole devient une guerre pour la France :
-- Un récit particulièrement claire : Le Siège de Paris de Pierre Dominique, 1932
Karambolage, série télévisée franco-allemande, Youtube, 2020

La prise allemande de l'Alsace-Lorraine aura des suites infiniment plus durables que le paiement d'immenses réparations, que le dessin indique par les pièces de monnaie.


 Zoom
« Secours aux blessés. Quêtes dans les rues de Paris par certains bataillions de la garde nationale »
(Remarquez le défilé militaire)


Elle assiège Paris : 
(19 septembre 1870 - 28 janvier 1871)


Zoo
« La Ville de Paris et ses environs montrant les fortifications françaises et les lignes prussiennes, 1871 » 

  • La faim

Musée Carnavalet
Le mot « queue » entre dans la langue anglaise : elle vient de reportages décrivant les pauvres attendant les provisions des cantines municipales pendant des heures dans le froid glaciale.

      Abattage d'un éléphant, gravure anonyme, 1870 / zoom
Ceux qui en ont les moyens fréquentent le marché noir et mangent les animaux du zoo. Une femme du monde offre à 22 invités de la viande d'antilope, du jambon et de la dinde.
-- Georges Valance, Thiers

  • Le froid: l'hiver 1870-1871 est un des plus sévères du siècle.

  • Les bombardements commencent le 5 janvier et sont encore plus intenses le dernier jour :

Le Monde illustré, le 28 janvier 1871 / zoom

« Les habitants de la rive gauche s'installent dans leurs caves. »


Zoom
«  Les premiers obus tombent sur le cimetière du Montparnasse »

Ce cimetière, à la frontière sud de la ville, faisait partie d'une sorte de terrain vague comme le suggère les bâtiments ingrats de l'arrière-plan. Quelques décennies plus tard des artistes et des exilés russes s'y sont installés, car c'était encore moins cher que Montmartre (montré dans l'image ci-dessous). 

Comme des images antérieures de combattants et de rebelles, cette publication substitue les plebeians par des personnages avec lesquels son audience identifiera.

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Aggravant une situation déjà explosive, le gouvernement conservateur...

  • Nie que Metz ait capitulé sans combat (le 28 octobre) et publie des bulletins optimistes en lesquels personne ne croit. 

  • Oblige un agriculteur qui apporte un grand troupeau et de nombreuses provisions en prévision du siège, de régler une douane importante immédiatement, refusant une reconnaissance de dette. 

  • Interdit de brûler les barrières en bois qui entourent les propriétés, malgré le froid. (On abat des arbres, mais le bois est vert.)
-- Remarques dans Mémoires d'un révolutionnaire, de juin 1848 à la Commune, par Gustave Lefrançais, 1886-1887

  • N'impose ni contrôles de prix ni rationnement cohérent. Il n'y a pas de rationnement dans le 13e particulièrement misérable jusqu'aux derniers jours du siège.
 -- Gérard Conte, Eléments d'histoire de la Commune dans le XIIIe arrondissement, 1989 

Les sources donnent d'autres exemples.

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Les autorités organisent des cantines pour les plus pauvres mais s'alignent avec les privilégiés, comme le montre le refus de laisser des personnes qui gèlent de froid utiliser des barrières de propriétés comme bois de chauffage.

La mortalité des pauvres quadruple. En Montmartre misérable,
un quart des nouveaux nés meurent.
-- Louise Michel

Montmartre vers 1900 / zoom

La souffrance renforce la résistance des Parisiens pauvres et petit-bourgeois mais les personnes aisées, relativement épargnées, prévoient dès décembre de bâtir une église pour expier les pêchés, disant l'impiété de la gauche responsable de la défaite.

Allégorie du siège de Paris de Ernest Meissonnier, 1870 / zoom

Donc non seulement acceptent-ils la débâcle,  
mais ils l'utilisent pour blâmer leurs opposants 
 pendant que les combats continuent.

*     *    *