samedi 21 janvier 2023

LES EXÉCUTIONS, RITUELS DE POUVOIR



LE CRIME ÉTAIT PERCU COMME UN AFFRONT AU ROI, GARANT DE LA STABILITÉ. 
-- Idée partiellement inspirée de Surveiller et punir par Michel Foucault, 1975

Louis IX administre la justice / zoom

Les exécutions publiques rétablissait cette stabilité en montant la force de l'autorité et la faiblesse de la victime. 


Robert François Damien exécuté à paris en place de Grève le 28 Mars 1757 / zoom
Remarquez la foule.

Mais cela pouvait produire l'effet inverse, la victime devenant un martyr ou un  héros, le roi comme un tyran, le spectacle d'une mort terrible se transformant en émeute.


*    *

Quand le condamné était un personnage important ou le crime exceptionnel, les executions étaient des spectacles populaires qui suivaient un modèle.

Le bourreau, accompagné de trompettistes, annonçait l'événement en places publiques. Ensuite venait un cortège d'autorités, d'archers, d'un prêtre et du condamné, devant un public massé sur les rues :

Execution de Henri II de Montmorency, à Toulouse en 1632 par Maurice Leloir en T. Cabu,  « Richelieu » 1903

Les pendaisons se distinguaient de l'anarchie des lynchages et de l'arbitraire de la guerre en utilisant non pas arbres, mais des piloris:

                   La pendaison de voleurs par Jacques Callot, « Les misères de la guerre », 1633 / zoom
  
Une pendaison devant l'Hôtel de Ville en 1583 par T.J.H. Hoffbauer, dessin du XIXe siècle basé sur les archives, zoom 


Une estrade ou une échelle rendait le drame visible de loin :

British Library / zoom
British Library / zoom (déroulez)
L'exécution de Hugues le Despenser par Jean Froissartzoom  

Les supplices faisaient partie de la vie : sur cette miséricorde* de l'église de Champeaux** montre des bourreaux brisant les os d'un condamné avant de le hisser sur la roue.

*Demi-siège permettant aux moines de s'appuyer pendant les longues prières chantées. Puisqu'ils y posaient leurs postérieurs, ces rebords n'étaient pas aptes aux scènes sacrées et étaient ornés de scènes de tous les jours.  

** À une heure à l'est de Paris.

Claude Abron
Les Misères de la guerre par Jacques Callot, 1633 (recadré) / zoom

Le condamné pouvait exprimer son repentir ou faire une confession plus complète.

  • Devant l'Éternité certains avouaient des crimes considérés pires, telle la sodomie, sachant qu'ils seraient brûlés plutôt que pendus.  

  • Les confessions révélaient des complices, et le prisonnier était récompensé en gagnant un peu de temps pour vivre et un bon dîner. Quand une femme faussement accusée est morte de crise cardiaque, « Cela m'a valu un dîner » a dit le condamné.  

  • En comprenant que des centaines de camarades ne feraient rien pour le sauver, le bandit Cartouche, qui avait résisté à la torture, donna des noms pendant dix-huit heures, celui de sa maîtresse compris. Amenée devant lui, il a dit qu'elle était innocente et qu'il ne voulait que l'embrasser une dernière fois. 

La foule entonnait le Salve Regina 
et l'exécution suivait. La stabilité revenait.  

Pour les décapitations, le bourreau exhibait la tête et criait, « Au nom du roi, justice est faite ! »

Changé plus tard en, « de la République ».


 Exécution de Louis Capet, dit XVI, 21 janvier, 1793 zoom
 
*     *    *

Suite,




vendredi 20 janvier 2023

LE BOURREAU, PARIA INDISPENSABLE


« MES NEVEUX VONT DE PIS EN PIS ; JE M'ATTENDS À CE QUE LE DERNIER ÉPOUSE LA FILLE DU BOUREAUX »
-- Une femme de la noblesse citée dans les
 Mémoires de « La Grande Mademoiselle, la duchesse de Montpensier », vers 1650

Une caste qui torture et tue pour l'argent des gens sans défense
n'apparaît qu'en Europe. 
--  Le Métier du bourreaux de Jacques Delarue, 1971 et
Profession bourreau, métier de père en fils / documentaire YouTube, 2023
sont mes sources principales 

 La Crucifixion et des épisodes de la vie de Saint Denis par Henri Bellechose, 1416 / zoom


Dans d'autres sociétés
 les exécutions sont collectives
 
Elles incluent la lapidation, les sacrifices humains, jeter aux animaux sauvages, les fusillades de pelotons d'exécution ou par des groupes tels les soldats romains au pied de la Croix. Des bourreaux changent, ou au moins ne se succèdent pas de père en fils. 

Aux États-Unis on tente d'atténuer la responsabilité des fonctionnaires qui effectuent les exécutions, mais le nombre élevé qui souffre TSPT est un des arguments contre la peine de mort. 
--  The Traumatism of the American Death Penalty, « The Atlantic », 2022

Dans ce témoignage de 1378 seuls paraissent la victime et ses ennemis, sans le bourreau que des images plus tardives incluent. L'institution se forme lentement :

Le texte en rouge dit Comment Pierre de Brosse était capturé et tué, vers 1380 / zoom

Le besoin de professionnels

Le refus d'assumer cette tâche était tel qu'on amnistiait des condamnés à mort qui l'endossaient. Mais ils ne savaient pas comment faire : quand en 1626 des amis du comte de Chalais tentèrent de retarder son exécution en faisant éclipser le bourreau, son remplaçant, un cordonnier, réussit la décapitation qu'après une trentaine de coups.
  
Les magistrats condamnent, inventent les tortures et les notent soigneusement, mais seuls les bourreaux les appliquent :

    Le magistrat Jean de Mille préside à la torture [traduction libre du titre latin] par François de Rohan, 1541 / zoom

Les bourreaux n'étaient pas sanguinaires

Strictement professionnels, ils suivaient les ordres des gouvernants et refusaient de participer aux massacres spontanés. Même les familles des victimes ne les blâmaient pas. Le bourreau de Louis XVI a fait dire une messe pour lui, et priait pour les condamnés avant de les exécuter.  
-- Marie Antoinette va mourir de André Castelot, « Le Journal de France », n° 7 1969

Il a loué la fermeté à tel point que les royalistes le considéraient un des leurs. 
      -- Appendice 1, La Guillotine et le symbolisme de la Terreur de Daniel Arasse, 1987

 
*    *

« Ne servez pas le pain à l'envers. Seul le pain du bourreau se sert ainsi. »
-- Dit à Marseilles au moins jusqu'aux années 1940
(La peine capitale est abolie en France en 1981).

Honnis et exclus, ils...

  • Devaient vivre dans un quartier particulier, comme les lépreux, les prostituées et les juifs. Au XVIIe siècle, ils se sont établis au delà de la porte Saint-Denis, encore plus à l'écart que les alchimistes et autres praticiens de produits dangereux, poisons inclus.

  • Se servaient gratuitement aux étals de marché avec une cuillère spéciale, car les aliments qu'ils touchaient étaient invendables. 

  • Assumaient les tâches les plus répugnantes, dont l'équarrissage et la vidange.

  • Se mariaient entre eux. Cousins, ils demeuraient avec la famille quand ils visitaient d'autres villes, et formaient des dynasties comme celle des Sanson, bourreaux parisiens de 1688 à 1847.*

*Jusque la Révolution industrielle les fils reprenaient la profession du père et les filles se mariaient dans le même milieu. La différence pour les enfants de bourreaux était l'impossibilité d'échapper à leur condition en rejoignant l'
Église.


Les enfants assistaient aux exécutions à partir de six ans, et les garçons y participaient à quinze ou seize.

  • Cet apprentissage rendait l'occupation prosaïque et formait des professionnels compétents : Une nécessité, car les foules pouvaient lyncher le bourreau s'il le bâclait le travail.

  • Une indication de l'habilité des bourreaux français : l'exécution de la reine d'Angleterre Anne Boleyn a été retardé pour faire venir le bourreau de Calais, capable de la décapiter avec une épée, plus légère qu'une axe. 
*     *

Ils étaient pauvres, sont généralement montré féroces ou laids. Ils portent généralement du rouge pour le sang, le jaune pour la malice et le vert pour le mal.

Musée d'art et histoire de Saint-Denis

Remarquez le roi et le cheval blanc.

                     Exécution de Saint Jean, « Retable des menuisiers » de Quentin Matsys, vers 1511, zoom


    Exécution d'Olivier IV de Clisson de Liédet Loyset, vers 1470 / zoom

 

       Exécution de Robert Tresilian de Jean Froissart, XVe siècle / zoom

La Mort de Robespierre de Giacomo Aliprandi et Giacomo Beys, vers 1799 / zoom 


Les rayures et la mode

Les rayures cassent l'harmonie des couleurs unies, devenant symboles de violence, de chaos et de pêché, tandis que les accessoires des jeunes bourreaux suggèrent la vanité. L'ensemble contraste avec les martyrs, qui portent des tenues unies, symboles de calme et de dignité.  
-- Etoffes du Diable par Michel Pastoureau, 1991
 

Le martyre de Sainte Catherine, deux tableaux par Lucas Cranach L'Ancien,fin du XVIe siècle / zoom
Ici aussi, le cheval du roi est blanc.

         Zoom

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Bourreaux et rois sont comme des serres livres, occupant les extrémités de l'échelle sociale. Ils...

  • Sont des symboles du Bien et du Mal.

  • Habitent des mondes isolés et uniques dans lesquels ils doivent se marier.

  • Établissent des dynasties.

  • Portent un prénom ritualisé, « Louis » pour les rois Bourbons, « Charles », dit « Charlot »,  pour quatre générations de bourreaux Sanson.

  • Sont souvent montrés ensemble, comme dans les peintures ci-dessus et celle-ci :

Internet, sans titre ou source 
  •  Possèdent un pouvoir magique, le roi officiellement, le bourreau dans la croyance populaire  

    • Le touché royal est sensé guérir des écrouelles. À Pâques, après sa communion le roi touche une foule de malades.

           Le Roi Charles de Lorraine touche les écrouelles, « Heures de Henri II », XVIe siècle / zoom

    • Les bourreaux ont accès à des substances liées à la mort, supposées magiques :  un bout de corde de pendu pour faire une amulette, la mandragore poussée sous le gibet transformé en aphrodisiaque, la graisse de cadavre pour un massage fait par le bourreau lui-même, visité la nuit en secret.

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Tout n'est pas supercherie.

À une époque où l'Église interdit la dissection des cadavres, l'expérience de la torture donne aux bourreaux une connaissance unique d'anatomie. 

Aux moins jusqu'aux années 1970, leurs descendants sont souvent rabouteurs. 
  -- Delarue, étude publiée en 1979


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Nos idées des bourreaux viennent de Batman.

Image de 1939, zoom


Pixabay

 

Pas de la réalité. 

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jeudi 19 janvier 2023

AUJOURD'HUI, UNE AGRÉABLE RUE PIÉTONNE


ELLE CONSERVE DES TRACES ANCIENNES DANS UNE
AMBIANCE DE COOL ACTUEL

Un foyer pour pèlerins qui côtoie presque l'enceinte, un passage entre les tombes catholiques et protestantes, des traces de prospérité :

Chemin vers l'hopital médiéval qui hébergeait les pèlerins

Ligne de séparation entre les tombes

Une porte dont on aimerait connaître les habitants d'autrefois 


Rue Greneta, à droite de la rue Saint-Denis

Des arches soulignent « l'étage noble » : un seul étage à grimper au dessus d'une cour pour les chevaux, les véhicules et la cuisine.

L'ambiance est aimablement commerciale...




Les maisons petites et simples
donnent une impression d'intimité.
Ce qui change à quelques pas :

Fin de cette section.

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