mardi 31 décembre 2013

VII. LE 13e, UN BASTION COMMUNARD OUBLIÉ


MENU : 7. BASTION COMMUNARD OUBLIÉ

LA FRANGE SUDEST DE LA VILLE ÉTAIT AUTREFOIS LA PARTIE LA PLUS PAUVRE...  


Adapté d'un plan Google

À l'est où les vents dominants poussent la pollution vers l'ouest, la proximité de la Seine et d'un chemin de fer et la terrain bon marché de périphérie l'ont rendu un des lieux les plus industrialisé de France. 

Le capitalisme sauvage transforme une campagne idyllique en pays de misère.

        Évocation vers 1820, anonyme (à l'Auberge Ethchegorry actuelle) 

Paris, 4 pace Pinel, 'Les Chiffoniers,' de Eugène Atget vers 1900 / pour d'autres photos, zoom 

Cette section explore le passé. La prochaine montre combien l'arrondissement a changé, et comment le malheur d'autrefois  est à l'arrière-plan de sa vitalité aujourd'hui. 

     Le boulevard Auriol 

J'y habite.
Le passé

Suite,
VII.1.





mardi 26 novembre 2013

UNE LUTTE ACHARNÉE


SUR LES CÔTES DE L'HAUTEUR QUI DOMINENT LA RIVE GAUCHE* A EUT LIEU LA PLUS TERRIBLE BATAILLE DE LA SEMAINE SANGLANTE 

*La Butte-aux-Cailles

L'Observatoire vu de la Butte aux Cailles par Jean Millet, vers 1710 / zoom

« Une perspective digne de ravir 
    le voyageur le plus blasé [...] 

la magnifique coupole du Panthéon, le dôme terne et mélancolique du Val de Grâce, domine orgueilleusement toute une ville ... de là, les proportions des deux monuments semblent gigantesques [...] à gauche, l'Observatoire paraît comme un spectre noir et décharné [...] puis, dans le lointain, l'élégante lanterne des Invalides flamboient entre les masses bleuâtres du Luxembourg et les tours grises de Saint-Sulpice [...».
-- La Femme de trente ans par Balzac, 1842

Ici les officiers ne peuvent plus épargner les troupes : les forces versaillaises sont six fois plus nombreuses, mais ils doivent attaquer quatre fois. 
-- Lissagary

Ils contournent la barricade qui protège l'entrée au quartier* en avançant par les îles de la Bièvre...

*Les Gobelins, site de la manufacture de tapisseries du XVIIe siècle. Elle est toujours à l'entrée du 13e.

Zoom (déroulez la page)


Commencent leur montée par ce sentier... 

Parc René Le Gall
Le parc est construit sur des ilots élargis.


Traversent ce qu'était alors un chemin...

Le boulevard Auguste Blanqui 

Il joint la porte de la ville à la place d'Italie, lieu de la Mairie et de la prison où les moines seront massacrés.

Et escaladent la colline sous un feu nourri, pour enfin la prendre vers 16h : 

Gravure d'époque disparue du web



Les mille survivants communards se retirent en bon ordre vers la rive droite, où ils se dispersent pour défendre leurs quartiers.

# # #

Ce sommet est à cinq minutes
de la place de la Commune...


La population terrifiée
entend les cris et le coups de feu du combat.
(Pour le site actuel, cliquez et déroulez la page.)

*    *    *

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vendredi 22 novembre 2013

COMBATTANTS COMMUNARDS


LE LÉGENDAIRE 101e BATAILLON : « LA RAGE SEULE COMMANDE CES DÉMONS...

Tous des enfants du XIIIe ou du quartier Mouffetard,*
indisciplinés, rauques, ils ne connaissent qu'un ordre, celui de marcher en avant et, à peine sortis du feu, il faut les y replonger. » 
  -- Lissagary
*Où Hemingway écoutera leurs souvenirs 

La bataille de la Butte aux Cailles perdue, le général, Walery Wroblewsky, refuse de devenir commandant de ce qui reste des troupes communardes, et continue comme simple soldat :

Mosaïque au siège de Les Amis de la Commune

Jeune noble polonais, exilé pour avoir participé à l'insurrection polonaise de 1863, il gagne sa vie à Paris en allumant des réverbères, puis devient ouvrier typographe.

La Commune écrasée, il réussit à fuir en Angleterre. Avec l'aide de Marx, d'Engels et de l'émigration polonaise, il monte une petite imprimerie et publie le livre de Lissagary. Il revient en France en 1885 où il meurt démuni (en 1908). 
-- Article non signé de Les Amis de la Communen° 33, 2008 

Sérizierle commandant du bataillon :

Photo de couverture,
    Éléments pour une histoire de la Commune dans le XIII arrondissement de Gérard Conte, 1989

Marie Jean-Baptiste Sérizier porte sa casquette hardiment de côté, s'appuie sur son épée et regarde la caméra avec intensité. 

Un tanneur communiste
actif dans les associations ouvrières du 13e misérable,
il fanfaronne, boit, bat sa femme 
et est un soldat extrêmement courageux et efficace.

*    *    *
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mardi 19 novembre 2013

L'ESPRIT DE LA COMMUNE DEMEURE


DES PANNEAUX CONTRADICTOIRES OCCUPAIENT CE CARREFOUR 
(JUSQU'EN 2024) 

Un nommait l'espace « Place de la Commune de Paris », l'autre donnait des détails historiques mais omettait La Commune, c'est-à-dire, omettant le combat terrible à quelques pas. 

  • La place de la Commune jusqu'en 2024 :

L'association Les Amis de la Commune érigea l'enseigne de droite en 2015. Celle de gauche, faite par la municipalité de droite vers 2000, est restée. 

  • L'ancien panneau :


 Le panneau inspiré par la droite
Histoire de Paris
La Butte-aux-Cailles

« Pierre Caille a acheté en 1543 un coteau planté de vignes dominant la Bièvre. Il laissera son nom à ce petit terrain agricole, dont l'histoire est à peine bouleversée par l'atterrissage forcé du premier aérostat portant le marquis d'Arlauder et Pilâtre de Rozier en 1783 [érudition inutile]La butte est alors couronnée de moulins. L'un d'eux subsiste sur cette placette jusqu'aux années 1860. L'on y creuse aussi des carrières de pierres et de glaise. Entre la Révolution de 1848 et la Grande guerre, la Butte aux Cailles est colonisée par des chiffonniers et des ouvriers de cuir. Le village sans église se peuple de fermes, d'ateliers et de commerces dans un esprit de convivialité et de liberté. » [Idéalisation]


En 2024 le panneau de la droite a disparu et celle de la gauche mit en évidence :


# # #


Des messages politiques ornent la petite place : 


Liberté aux prisonniers politiques !.  

Vers 2022-2024
Nationalists not welcome
(« Nationalistes non bienvenus »)

Au carrefour, à une minute : 


Vers 2017-2020 


*    *    *

lundi 18 novembre 2013

ENFIN UN PANNEAU MENTIONNE LA LUTTE, MAIS...


DES ERREURS, DES FAITS SANS PERTINENCE ET L'INVISIBILITÉ ANNULENT CETTE HONNÊTETÉ 

Histoire de Paris
Communards de la Butte-aux-Cailles


« Après le siège de Paris la ville doit capituler le 27 janvier 1871. Le gouvernement réfugié à Versailles tente de rétablir l'ordre [erreur*à Paris tenu par la Commune. La Butte aux Cailles, alors peu habité, et dont les fortes pentes dominent la rivière de la Bièvre, est le théâtre de luttes sanglantes le 25 mai. Les fédérés y ont leur quartier général [erreur **et leur chef, Wroblewski, défend ses approches par les embuscades et des tirs d'artillerie légère.

*Rétablir d'ordre : euphémisme pour reprendre le contrôle. Paris était exceptionnellement   calme (cliquez et déroulez la page).

**Leur quartier général était à la manufacture des Gobelins. Contourner ses barricades explique l'arrivée par les îles de la Bièvre, donc la escalade sous le feu par la pente raide de la colline.

Les Versaillais sont plusieurs fois repoussés mais en fin de journée, ils tiennent la place d'Italie   alors place Émil Duval, conseiller et général Communard fusillé en avril [érudition inutile puis la butte    tandis que de nombreux insurgés gagnent la rive droite de la Seine. »

# # #

La plupart des sept cents panneaux sont placées sur la rue pour être remarqués. Mais celui-ci, posé à l'intérieure du passage qui conduit à la colline, y est imperceptible : 

 Il faut prendre le passage peu fréquenté pour le voir.  

 

Ignorance et non-pertinence comme ailleurs,
 invisibilité en plus.

Fin de cette section.

*    *     * 
La prochaine section, 




jeudi 31 octobre 2013

VI.2. L'ÉPICENTRE DE LA MISERE

MENU : 6.2. L'épicentre de la misère 


« LE 13e ARRONDISSEMENT, DE LOIN LE PLUS MISÉRABLE DE PARIS OÙ UNE POPULATION COMPOSÉE DES ELÉMENTS LES PLUS MALSAINS TROUVENT REFUGE... »
                         -- Paris qui souffre de Belinda Carter, « Paris treizième » 

Zoom

Par Léo Malet (première publication 1956), illustré par Jacques Tardi (Castermann, 1988)

 « Fous le camp d'ici, Bélita,
 plaque tes fleurs où tu veux mais quitte ce lieu.
Il t'écrasera comme il a écrasé d'autres.
Il pue trop la misère, la merde et le malheur. »

# # #

L'histoire jusqu'aux années 1970

*    *    *

Suite,




vendredi 25 octobre 2013

LA MALADIE, LE CRIME ET LA RÉVOLTE


« LA HONTE DE PARIS », LA CITÉ JEANNE D'ARC
(CONSTRUITE EN 1884)

« La forme actuelle de la Cour des Miracles... on peut dire que ceux qui habitent là sont tombés au dernier degré de la misère ».
 -- Belinda Carter, Paris treizième

La rue Jeanne d'Arc vue des marches de l'église (vers 1900) 




La maladie


« ...dans ses couloirs ténébreux et funèbres, parmi tous ses escaliers, recoins et encoignures sordides et au milieu de toute son ombre et de son infection se tapit ou rôde, continuellement en quête d'une proie, un spectre dévorant : la tuberculose. »  
-- Un gosse, roman autobiographique d'Auguste Brepson, 1927


Le crime :
Le jeune porte la large ceinture
des « apaches »,* 
les premiers gangs de rue

*Le nom vient des Apaches de l'ouest américain, perçus comme terrifiants.


La large ceinture, souvent rouge

Zoom (deroulez)

Elle est souvent portée par des terrassiers du métro, vainqueurs de grandes grèves en 1901. En se s'approprient leur prestige en montrant qu'ils ne travaillaient pas. 

La révolte éclate quand des grévistes transforment la cité en bastion (en mai 1934), un aspect de la turbulence qui conduira au Front Populaire* :


Quand le député communiste du 13e incite les travailleurs à voter, il est agressé et arrêté.

Des résidents construisent des barricades au deux entrées de la cité devant lesquelles on allume de feux 
(surement un souvenir de La Commune)tandis que les habitants tirent sur la police et jettent sur eux tout ce qu'ils trouvent sous la main, comme au début des années 1830 et en 1848. Ils les repoussent deux fois. 

  • « Tout le quartier est debout, acclamant les défendeurs de la cité qui chantent l'Internationale et acclament le soviets ». 
-- Paul Vaillant-Couturier, éditeur de l'Humanité (le quotidien communiste),
cité en Histoire et histoires du 13e, n° 6, hiver 2011.

Ce qui reste de la Cité : cette plaque... 



« Cette ensemble ouvert en 1884 était constitué d'immeubles collectifs et de ruelles avec entrée sous arcade. Divisé en logements sans confort, la cité devint un taudis dans un quartier à industrialisation rapide (Gare d'Austerlitz, entrepôts sur les quais, Raffinerie Say, automobiles Panhard-Lavassor  et Delahaye, chocolats Lombart...). Foyer de révolte autant que d'insalubrité et de délinquance, la Cité Jeanne d'Arc suscite une répression sans faiblesse, mais également des actions secourables

En 1934, un mouvement précurseur du Front Populaire y voit le jour : les révoltés dressent des barricades contre la police, avec le soutien du député André Marty 
[le deputé mentionné plus haut] ce qui vaut à la cité d'être condamnée à la démolition en 1938. » 

...et le nom « la Résidence Jeanne d'Arc », établissement géré par la Ville pour des personnes âgées au revenus modestes, à quelques pas :