jeudi 11 juin 2015

5.5.3. LES INSURRECTIONS AVANT LA RÉNOVATION


LES BARRICADES ET LES INSURRECTIONS FONT PARTIE DE LA LÉGENDE DE PARIS, MAIS MÊME AVANT LA RÉNOVATION DU MUSÉE* ELLES ÉTAIENT PRESQUES ABSENTES  

*En 2016-2022


Le souvenir

  • Le mot barricade vient de « barriques », des tonneaux de vin que des insurgés remplissaient de terre, de débris, de pierres, etc. pour barrer la chemin aux forces de l'ordre. Le lien commence en 1588 lorsque les Parisiens utilisent ces tonneaux pour couper les rues, encerclant les soldats. Cette « Journée des barricades » force Henri III à fuir Paris :
Zoom (inclut un récit)
  • Pour leur présentation au cinéma, cliquez  



             Les Misérables par Fred Cavayé avec Vincent Lindon, 2026 / zoom

 

         Athena, par Romaine Gavras, Netflix, 2022 / zoom

  • Victor Hugo a inséré les barricades de Juin 1848 dans Les Misérables, bien que l'intrigue se passe quinze ans plus tôt.

    • À République elle était une apparition « qui semblait construite par un mathématicien ou un spectre, impossible de ne pas devenir pensif...» 

Camp de troupes sur le Boulevard du Temple pendant les journées de juin 1848 par Alexandre Josquin, sans date / zoom

*     *

  • À la place de la Bastille « la barricade monstrueuse... 



surgissait comme une levée cyclopéenne au fond de la redoutable place qui a vu le 14 juillet ... Rien qu'à la voir, on sentait l'immense souffrance arrivée à cette minute extrême ou la détresse devient catastrophe....

La barricade du faubourg du Temple, défendue par quatre-vingts hommes, attaquée par dix mille, tint trois jours... pas un seul des quatre-vingts ne songea à fuir, tous était tués. »


Le musée 

 

  • La barricade et le combat se perdent au loin : 

 


La Place de la Bastille et la barricade à l'entrée du fb. Saint-Antoine, 25 juin 1848 par Jean-Jacques Champin, sans date / zoom


  • Ou bien, le tableau est placé à une telle hauteur que le combat se voit à peine : 

Attaque d'une barricade sur le pont de l'Archevèche par Philippe Chaperon, 1849 / zoom



  • À République, des tentes d'armée la barricade est de l'autre côte de la place :

Camp à l'entrée du boulevard du Temple pendant les journées de Juin 1848 par Alexandre Josquin / zoom

*    *

Les combats sans barricades étaient minimisés aussi. Ce tableau était si haut placé qu'on voyait mal la bataille du sol :

   Émeute sur le pont de l'Archevêché en 1849 par Philippe Chaperon, 1848 / zoom

 


*     *

Exception : ce tableau placé, seul, au niveau du regard, était impossible à ne pas remarquer .

*L'emplacement était si évident que je n'ai pas pensé à photographier la peinture.

  • Le combat violent va de soi. 

      Le Combat à la porte Saint-Denis 28 juillet 1830 par Hippolyte Lecomte, 1830 / zoom 

  • Les combattants populaires en chemises blanches sont omniprésents. Plusieurs sont montrés de face (surtout en bas à gauche) : pour la pertinence de cette remarque, continuez.



Le tableau n'est plus montré. Il doit donc être dans les réserves, comme presque toutes les œuvres qui concernent les insurrections.

Je les montre en ajoutant
« non exposé ».

*     *     *

Suite,



mercredi 10 juin 2015

5.5.4. 1830: DES COMBATTANTS ÉLÉGANTS REMPLACENT LES HUMBLES


DÈS L'ENTRÉE, L'EXCEPTION À L'EFFACEMENT DE LA VIOLENCE CAR LE CAPITALISME TRIOMPHE  


On voit une foule de plébéiens au loin, mais au premier plan des dames à la mode implorent des soldats : 




Dans le tableau par lequel l'exposition commence, les figures importantes sont des gardes suisses ou des bourgeois. Les deux ouvriers, en blouses blanches,* ont leurs visages cachés :

* Blouses : un habit de travail qui s'arretaient au genoux, comme ceux que portent aujourd'hui les médecins. Des artisans de bouche, des ouvriers du textile, des plâtriers portaient des blouses blanches, qui apparaissent dans les tableaux pour accrocher la lumière.   

Prise du Louvre, le 29 juillet 1830, massacre des gardes suisses par Louis Bezard, 1832 / zoom



Plus loin, des jeunes filles élégantes dont les coiffures ne peuvent être obtenues sans femme de chambre assistent des belligérants bien mis :


 

Ces deux illustrations montrent le même combat, mais dans des décors opposés. 


  • L'action de l'estampe se déroule dans un lieu anonyme qui pourrait être un quartier aisé : elle est exposée.

  • Celle du grand tableau se situe explicitement à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, un quartier populaire et symbole historique des luttes ouvrières : elle reste dans la réserve.
  


        Combat à la rue Saint-Antoine, anonyme, 1830 / zoom 

Dans cette œuvre aussi les rebelles sont bourgeois :


Deux cent étudiants et quelques intellectuels républicains étaient les seuls combattants de milieux privilégiés.  

Les révoltes qui deviennent endémiques
      six mois plus tard sont absentes. 


 

5.5.5. FÉVRIER 1848: UNE RÉVOLUTION OÙ LES COMBATS DISPARAISSENT


CE TABLEAU AUSSI EST DANS LES RÉSERVES DU MUSÉE

À sa place : des annonces, des médailles, un buste et deux petits tableaux, qui montrent deux blessés et un mort. Ce sont les seules victimes dans la salle consacrée à cette revolution. 

Incendie du château d'eau, place du Palais Royal le 24 février 1848 par Eugène Hagnauer  / zoom


  


Les Gardes nationaux défendaient la propriété et ce blessé est donc bourgeois. La chemise blanche indique que le mort est plébéien, mais il est secondaire et sans visage.

Le blessé ressemble aux héros romantiques bourgeois. 

À gauche, les annonces, médailles, petits tableaux...


Le discours par lequel Lamartine fait abandonner le drapeau rouge, son portrait, sa ceinture et sa commode



Son discours

Sa ceinture


*    *

En face, le bureaux du roi renversé et une copie de son abdication. Occupant le vide derrière le bureau sont deux petites images de combats.

Une estrade empêche de les approcher, et elles sont trop éloignées pour être bien vues.


Devant l'installation est un panneau transparent, sur lequel sont attachés un bout de tissu et une affiche :




PHOTO

 
Elle dit, « Fragment de textile de la salle du trône de Louis-Philippe obtenu par A. Bernard, étudiant à l'École polytechnique »...

On ne connaît même pas les titres des tableaux
qu'on déchiffre à peine.

*    *    *
Suite,





dimanche 7 juin 2015

5.5.6. JUIN 1848 : DEUX PHRASES AU FOND DE L'ÉTAGE

 

POUR LE PREMIER GRAND SOULÈVEMENT OUVRIER CONTINUEZ DERRIERE L'IMMENSE PANNEAU SUR LEQUEL EST ÉCRIT L'ABDICATION DU ROI
 
A votre gauche seront cinq petites peintures dont trois concernent Juin.*

*Estimations du nombre d'insurgés morts des insurrections précédentes : 1830, 1500 ; Lyons 1834, 600 ; février 1848, 350 ;  juin 1848, 5000. Ces chiffres n'incluent pas les blessés. Souvent soignés chez eux, nous ne connaissons pas leurs destins.



  • Les deux tableaux à gauche célèbrent des festivités du gouvernement provisoire et n'ont donc aucun rapport avec l'insurrection de Juin. 

  • Les deux à droite montrent des combats qui se perdent dans le paysage, sans victimes visibles. 

  • L'œuvre du centre montre des tentes de l'armée et non pas la barricade de l'autre côté de la place.

*Pour mieux voir les trois sur Juin déroulez la page générale.


*     *

Ensuite vient une table sur laquelle est un daguerreotype de barricade, et un texte.

Il commence par « Au début de l'éte 1848, les ouvriers se révoltent contre le gouvernement. Dans Paris on construit des barricades », et continue décrivant la barricade, ce qui n'explique rien de cette « révolte. »  


Remarquez les lettres minuscules.

« Au début de l'été 1848,  les ouvriers se révoltent contre le gouvernement. Dans Paris ils conduisent des barricades. Ce daguerréotype est une photographie sur plaque de cuivre recouverte d'argent. Elle montre les barricades du faubourg du Temple. La première, à l'intersection de la rue Saint-Maur est un amoncellement de poutres, échelles, châssis de fenêtres, essieu de roue, charrette, pavés. Seule au premier plan à droite, une femme portant un bonnet blanc se penche par sa fenêtre. »


C'est la seule référence
 au premier grand massacre en France moderne
et au début du conflit entre le travail et le capital. 

Le mur à côté de la table est vide.


Le mur en fond de salle néglige Juin complètement, substituant  un tableau mythologique, une annonce et des portraits de personnages dont personages oubliés.



À droite est encore un autre vide et à côté, un texte sur la photographie naissante :



*     *

Retournez-vous et découvrez la seule œuvre à suggérer une révolte des humbles. Ou plutôt, en montrant des ouvriers refusant de soutenir des républicains bourgeois contre le coup d'état de Napoléon III (en 1851), le musée suggère son absence.   


   Alphonse Baudin sur la barricade du faubourg Saint-Antoine le 3 décembre, 1851 par Ernest Pichio /  zoom

Le député Alphonse Baudin tente de persuader des ouvriers à résister. Ce drame est raconté ici.





Le refus des pauvres de soutenir les privilégiés était du à leur soutien pour le massacre des rebelles de Juin. Puisque ce n'est pas dit, le choix est expliqué par l'ado qui lance une pierre, suggérant que les insurgés comme lui ne réfléchissaient pas. 

*   *

La salle ne contient aucun siège.
Mais dans une salle de bal... .



*    *   *

Suite,




vendredi 5 juin 2015

5.5.7. LES BARRICADES, UN JEU POUR ENFANTS

 

DES BLOCS ÉVOQUENT LES BARRIÈRES MORTELLES  

Bien que je n'ai vu presque personne, et aucun enfant, à l'extrémité de la dernière salle de l'étage.  



Le musée transforme en jeu la réalité terrible :

Danse de la mort en 1848 par Alfred Rethel, 1849 / zoom

Combat aux barricades de Paris, presse britannique, 1848 / zoom
 
   La Barricade, rue la Mortellerie par Ernest Meissonier, 1848 (coupé) / zoom
Guerre civile par Edouard Manet, 1871 / zoom


Fin de cette section.

*     *     *