lundi 20 octobre 2014

LA GARDE DEVIENT UN CONTRE-POUVOIR


LE SIÈGE TRANSFORME LA GARDE PRAETORIENNE BOURGOISE 
EN ARMÉE OUVRIÈRE

 « Le Roi donne des drapeaux à la Garde Nationale le 29 août 1830 
» par Joseph Désiré Court, 1834 / zoom

Cinquante kilomètres de fortifications avec seize forts encerclent la proche banlieue :


Zoom
Construits en 1840-41 quand une guerre avec l'Angleterre semblait probable, ce sont les seuls remparts modernes en Europe. (Ils seront détruits après la Première Guerre Mondiale et aujourd'hui le périphérique occupe leur site.) 

  • Défendre ces fortifications oblige d'accueillir, d'entraîner et d'armer 340,000 hommes, et quelques femmes, des quartiers populaires :

« Femme à l'Hôtel de Ville, 2e jour de la Commune », 1871 de Daniel Vierge et  « Les Éclaireurs de la Seine 1871 » de James Tissot / Ma Commune de Paris

  • Des images montrent les gardes devant les fortifications qu'ils protègent :


Internet, source inconnue 
Des 40,000 gardes qui rejoignent 50,000 soldats, certains s'enfuient et même tirent sur leurs propres troupes. D'autres se battent avec héroïsme et efficacité, comme l'indique implicitement la légende du récit conservateur ci-dessous.

  • Beaucoup brûlent de se battre, mais on le leur permet que pour la dernière sortie, dont l'objectif est justement de montrer la résistance inutile :

 « Les Bataillons de marche de la garde s'emparent des hauteurs de Buzenval »

Cette défaite, la fusillade à l'Hôtel de Ville, l'armistice et la victoire royaliste aux élections conduisent les milices bourgeoises et ouvrières à se fédérer* en Garde Nationale.
(Deux cents bataillons sur 260, le 15 février)  

* D'où le terme « fédérés »

 Ma Commune de Paris
L'homme en chapeau haut-de-forme illustre l'alliance social due au siège. 

Le Comité Central, un état dans l'État

  • Les gardes élisent leurs officiers, le haut commandement excepté, et sont indépendants de l'armée. 
  • Cette milice devient la seule autorité obéie des quartiers populaires.  
  • Quand l'Assemblée décrète que pour l'obtenir leur paie les gardes doivent prouver l'indigence, elle la transforme en aumône. Évidemment ils sont indigents, puisque sous le siège la production s'est arrêtée et n'a pas recommencé.   
  • Cette loi conduit à une réunion tumultueuse par laquelle les délégués votent unanimement de s'unir en Comité Central :

    # # #

    Au même moment* des milliers de résidents manifestent à la Bastille :

    *Les 24, 25 et 26 février, anniversaire de la Révolution de Février.

          Manifestants autour de la colonne de Juillet par Gustave Doré, 1871 / zoom
                Musée Carnavalet, non exposé

    • Le drapeau rouge paraît pour la première fois depuis 1848.
    • Un indicateur est reconnu et lynché. 
    • Des troupes envoyées pour réprimer les manifestants fraternisent avec eux. 

    Le traité de paix préliminaire confirme la perte d'Alsace-Lorraine. 
    (Les 26 février) 

    Ajouté le lendemain : les Prussiens défileront en marche de victoire le 1er mars aux Champs-Elysées. 

    En échange les Français 
    garderont la ville de Belfort,
    mais l'annonce ne le dit pas.

    *    *    *

    samedi 18 octobre 2014

    DES CANONS QUE L'ARMÉE NÉGLIGE


    DES GARDES SAISISSENT 371 CANONS, LAISSÉS PAR L'ARMÉE À LA PORTÉE DES PRUSSIENS APRÈS LEUR DÉFILÉ

    Légalement ils appartiennent à l'armée, mais une souscription publique en a financé une partie et la population considère qu'ils lui appartiennent. De plus, les préparations officielles pour la marche prussienne ne sont que cosmétiques : 

    • L'armée transfert les objets d'un lieu d'exposition aux Champs-Élysées à la rive gauche.
    -- Lissagary

    • Elle bloque l'espace entre les colonnes de l'Arc de Triomphe pour obliger les Prussiens de la contourner, et recouvre les sculptures pour qu'elles ne les voient pas :

    Les Troupes prussiens défilent sur les Champs Élysées à Paris par Adolf Göhde, sans date / zoom

    Les cannons restent à vingt minutes de l'Arc de Triomphe et rien n'empêche les 30,000 Prussiens de les saisir :

    • Alors « Chaque bataillon allait reprendre ses canons ; ils passaient sur les boulevards à bras d'hommes, de femmes et d'enfants, drapeaux en tête. »
    -- Louise Michel

     Claretie
    Illustration de récit conservateur : on devine à peine la participation populaire.

          Sites où les gardes des quartiers populaires déposent les canons.

    • Les gardes de l'ouest favorisé font de même :
     
         Adapté d'un plan de la RATP

    Vingt-et-un canons sont déposés 
    aux jardins du Ranelagh... 

    En direction du terrain de courses de Longchamps, où le roi de Prusse adressera les troupes avant la marche. Des gardes du XVIe arrondissement prospère les emmènent au parc Monceau, le territoire le plus à l'est que contrôlent les privilégiés.
    -- Adresse du roi de Prusse, Claretie
    -- Transfert, Lissagary

    Les conscrits sensés protéger les canons
    permettent les gardes de les saisir.





    mardi 14 octobre 2014

    LES PRUSSIENS DÉFILENT MAIS DES GARDES VOLENT LA VEDETTE


    LES PRUSSIENS PRÉPARENT UN CORTÈGE ET UN ARTISTE ALLEMAND IMAGINE UN PUBLIC PARISIEN APPROBATEUR

    En fait le publique boycotte le défilé. Ce refus révèle l'autorité des gardes, qui interdisait de venir.

          Préparation de la marche prussienne dans le jardin des Tuileries, photographe inconnu / zoom

    Information à la page précédent
    Le peintre prussien invente la foule dans cette œuvre de propagande. 


    Troupes allemandes à Paris, 1871 (détail) par Adolf Göhder / zoom

    Les gardes veulent combattre mais quand leurs épouses disent que cela conduira à un bain de sang et à perdre la République comme en '48, ils transforment la marche.

    Une annonce bordée de noir annonce des barricades 
    isolant l'ennemi et la Garde agissant 
    « en concert avec l'armée»  — qui reste sur l'autre rive.

    La nuit avant le défilé, le tocsin, des tissus noirs aux fenêtres,
    des rues désertes :  

    • « Cette nuit donna une impression de grandeur. »
    -- Louise Michel

    •  « Tel Moscou a du apparaître à la Grande Armée. Parqués entre la Seine, le Louvre aux issues bouchées bordant le faubourg Saint-Honoré, et un cordon de barricades, les Allemands semblaient pris dans un piège. »
    -- Lissagary

    La discipline des gardes rappelle celle de février et de juin 1848 : 

    « Calmement et consciencieusementils cassèrent tout dans un café qui avait servi les Prussiens et sans pitié ni colèrefrappèrent les femmes infortunées qui s'étaient faufilées par les barricades en tenues festives, pour voir les envahisseurs. »
    -- Louise Michel (soulignement ajouté)

    Après deux jours et deux nuits à camper dans le froid,
    les Prussiens se retirent sans incident.
    Histoire de la Révolution de 1870-1871 par Jules Claretie

    Les gardes contrôlent les quartiers populaires.

    *     *     *
    Suite,

    dimanche 12 octobre 2014

    L'ASSEMBLÉE VERSE DE L'HUILE SUR LE FEU


    « PARIS ÉTAIT ENCORE TOUT PÂLE DE L'AFFRONT [DE LA MARCHE PRUSSIENNEQUAND UNE AVALANCHE D'INJURES LUI ARRIVA DE BORDEAUX » 
    -- Lisssagary

    « Décapitaliser » Paris en transférant l'Assemblée à Versailles...

    • Est perçu comme une insulte à la souffrance des Parisiens pendant le siège. 
    • Prive les marchands dont les affaires ont périclité pendant de le siège de la clientèle d'environ sept cent députés, avec leurs familles et leurs serviteurs.
    • Annonce une monarchie.

    Elle décrète des mesures qui touchent les Parisiens directement : 

    • « Manifestant clairement son hostilité à Paris, l'Assemblée a exigé par décret le paiement de dettes et de loyers suspendus pendant le siège ». 


    « Au terme de cinq mois de siège, la ville est exsangue. Ce n'est pas la signature de l'armistice qui va relancer l'économie ! La plupart des ateliers sont encore fermés et une majorité des travailleurs et petits propriétaires sont toujours dans l'impossibilité de régler leurs dettes. Une telle mesure ne peut qu'attiser la rancœur des Parisiens envers une Assemblée de bourgeois provinciaux» 

    •  « Comme ci cela ne suffisait pas, celle-ci annonce la suppression de la solde journalière attribuée aux gardes nationaux...

    Raspou'team

    « Combien de familles des faubourgs vivent uniquement de la solde de garde national de mari ou de fils? Après Bismarck, voilà Thiers qui affame le peuple de Paris ! » 
    -- Le Times de Londres cité dans  
     « Massacre : vie et mort de la Commune de Paris » par John Merriman, 2015

    • Elle met fin au moratoire sur les objets laissés en gage : « Des couturières affamées ont déposé 1500 paires de ciseaux... »

    Le premier numéro de ce qui deviendra un journal très lu sous La Commune* est une feuille unique qui crie, « Nous ne paierons pas, nous ne paierons pas, NOUS NE PAIERONS PAS ! »

    *Le Père Duchesne, nommé d'après un journal célèbre de la Révolution

    -- Vuillaume, un des éditeurs


    Avec cinq autres journaux il est interdit, ce qui donne de la notoriété à ceux qui sont peu connus.

    Des affiches 
    maintiennent la communication :


    *     *     *

    mercredi 8 octobre 2014

    LES CANONS SUR LES COLLINES


    LES GARDES DÉPOSENT LES CANONS SUR LES HAUTEURS
    DE MONTMARTRE ET DE BELLEVILLE, D'OÙ ILS DOMINENT LA VILLE

          L'hauteur de Montmartre / zoom


    Signes de leur importance :    

    • Pour son numéro de la première fête du 14 juillet en 1883, un journal socialiste associe un dessin de la saisie des cannons de la Bastille à celle de 1871 :

       Couverture de Le Cri du peuple, reproduite et commentée dans le blog Ma Commune de Paris
     
    Des anciens communards choisissent l'image en hommage à l'événement et à la Révolution. (Mais en 1871 des femmes, des enfants et des personnes âgées saisissent les canons, et non pas des hommes seulement.)

    • Un film soviétique montre leur menace :


    # # #

    Pour des raisons militaires, politiques et symboliques le régime fait de la reprise des canons une priorité, mais c'est difficile :
      
    • Même en temps normal, déplacer 371 canons de bronze des quartiers excentriques prendrait deux jours complets, dix mille hommes et quinze mille chevaux. 
    • La distance et la pente abrupte de Montmartre ont empêché de construire d'une large artère comme ailleurs. La population alignée sur les rues étroites pourrait couper les harnais des chevaux et bloquer les roues :


    • Il n'existe pas d'espace pour assembler et isoler des conscrits.
    • La loyauté des troupes est incertaine : certains ont fraternisé avec les manifestants à la Bastille, laissé les gardes saisir les canons et les ont même aidé à s'emparer d'armes dans des dépôts.
    -- Tombs, Paris Bivouac, 49-50

    Et puis, miracle : les gardes frigorifiés et non payés acceptent de rendre les canons et le maire du XVIIIe* offre de négocier les termes.
    (Le 16 mars)

          Dans les tranchées par Alphonse de Neuville, 1874 / zoom

    Les généraux rencontrent Thiers le vendredi 17 mars et le pressent d'accepter cette solution. 

    Il est conscient du danger de mélanger troupes et population,
    y ayant fait allusion dans son Histoire de la Révolution française, 
    incluant même un dessin :

    « Les gardes françaises délivrés de l'Abbaye »

    « Se mélangeant avec la population tous les jours, ils [Les soldats du roi] succombèrent à ses séductions »* (soulignement ajouté)

    *Comme beaucoup de conscrits hébergés chez des Parisiens pendant le siège

    Mais l'Assemblée se réunira pour la première fois à Versailles 
    le lundi 20, et Thiers a besoin d'une victoire.

    Le 18 mars,
     les habitants de Montmartre se réveillent
    pour trouver des soldats 
    traînant les canons sur la pente.

    Fin de cette section.

    *     *     *

    La prochaine section,