lundi 15 septembre 2014

UN GÉNÉRAL INCONSCIENT SE LANCE DANS L'ARÈNE


CLÉMENT-THOMAS APPARAÎT

C'est le jeune républicain qui avait répondu avec indignation à l'offre de soudoiement par Thiers.

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 « Général Clément Thomas, assassiné le 18 mars par le Comité Central 1871 »

Il est un ami du fils de Victor Hugo, appelle la Légion d'Honneur un « hochet de vanité » et, ardent républicain, il...

  • Participe à plusieurs complots d'officiers au début des années 1830, est emprisonné, s'échappe et vit en exile.

  • Revient sous la Seconde République, est élu député de la Gironde et est nommé Commandant de la Garde nationale.

  • S'oppose au Second Empire, organise une révolte en Gironde, est exilé.

  • Revient en France après la chute de l'Empire et devient de nouveau Commandant de la Garde, à la fin du siège et à son moment le plus difficile.

*     *

Mais il a « un arriéré à payer : » en mai 1848 en tant que Commandant de la Garde il fait arrêter les dirigeants de gauche...
--  Citation : Louise Michel

Page de journal vendu sur eBay
Ce journal conservateur décrit le chaos « indescriptible » quand cinq ou six cents « sauvages » interrompent une réunion de l'Assemblée. L'image fait supposer que Clément figure sur la prochaine page (manquante) comme l'héro qui rétablit l'ordre. 

Et est décoré pour l'énergie avec laquelle il participe à la répression de Juin :

« Le général Clément-Thomas, commandant de la garde nationale à la prise de la barricade culture saint-catherine le 24 juin 1848 » 

 
De plus...


« Belleville ne pardonne pas le massacre inutile de ses gardes nationaux. Des enfants pleurent rue Rébeval, des femmes hurlent rue du Renard, partout l’on rapporte des cadavres de tirailleurs. » 
-- Florent Rastel, mémorialiste, Ma Commune de Paris

  • Devenu commandant de la Garde il...

  • Fait placarder des affiches « d'insultes et de menaces » qui provoquent la manifestation et les morts devant l'Hôtel de Ville.
.--  Louise Michel

  • Le général Trochu, gouverneur de Paris, écrit qu'« avec une fermeté la plus digne d'éloges » il renvoie plus de six cents officiers qui « s'agitaient bruyamment pendant le siège » (en demandant une lutte plus vigoureuse contre les Prussiens, on suppose).
-- Œuvres Posthumes, 653 (à lire sur le web)

  • Il continue en disant que Clément va à Montmartre « pour observation », donc comme espion.* Il est reconnu en esquissant une barricade en bas de la butte.

*Certains textes dise qu'il est reconnu bien que portant une tenue civile (italiques ajoutées). Justement : il était de notoriété public qu'en Juin des officiers habillés en civile observaient les barricades, puisque Stern le dit dans une note. Que Clément ait osé se manifester, surtout dans cette tenue, montre à quel point il méconnaissait ses adversaires. 

*     *

Les lynchages : récit de Louise Michel

  • On emmène Clément au sommet de la Butte, où sont les canons, le chef-lieu de la garde et la foule. « La colère monte, une balle part, les autres s'envolent d'elles-mêmes ». Criant « Vive la République ! » il est criblé d'une quarantaine de balles. 

  • La foule tire Lecomte de la caserne des gardes. Il dit qu'il a cinq enfants, plaide pour sa vie. Mais quelqu'un s'écrie, « si on ne le tue pas, il nous tuera ! » et on le fusille aussi.

On sait peu sur Lecomte mais Clément est courageux,
désintéressé, sincère. « Il est mort bien », dit Michel.

Mais il partage la myopie
de presque tous les républicains bourgeois,
qui ne comprennent pas que depuis Juin
ils « dansent sur des cadavres ». 
-- Citation : Louise Michel

samedi 13 septembre 2014

DES COMMÉMORATIONS DE DROITE ET DE GAUCHE


LECOMTE ET CLÉMENT SONT DEVENUS DES MARTYRS POUR LA DROITE
 
Ce film de 1914 montre une foule de communards fusillant les généraux parce que Lecomte tentait de s'emparer des canons, que Clément voulait pour la bataille de Buzenval.

Mensonge et omissions : 

  • Puisque Buzenval eut lieu en janvier 1871 et la tentative de saisir le canons en mars, la prémisse du film est impossible. 




Le film finit avec la sculpture « Au Victimes des Révolutions »,
rendant la mort des généraux une réponse à tous les soulèvements :




Cette sculpture se situe juste en dehors du cimetière du Père Lachaise, lieu du combat final de La Commune. 

*     *

Le mur contre lequel les derniers combattants ont été fusillés est le site commémoratif de la gauche depuis le retour des déportés en 1880:

     Le Cimetière du Père-Lachaise, dimanche 28 mai 1871 par Alfred Darjou / zoom
     Musée Carnavalet, non exposé



*     *     *

Suite,



lundi 8 septembre 2014

THEIRS DÉTALE


QUAND THIERS APPREND LES ÉVÉNEMENTS DE MONTMARTRE
 IL APPEL LES GARDES DES QUARTIERS « SURS »,
 MAIS QU'UNE TRENTAINE RÉPONDENT


Maintenant il quitte ses bureaux par une porté dérobée et part au galop pour Versailles, ne s'arrêtant que pour faire souffler les chevaux et griffonner un ordre de retraite.

*     *

Il est si terrifié qu'il oublie de faire protéger la forteresse qui domine la rive gauche :
(Le Mont Valérien)

Suresnes et le Mont Valérien, 1931 / zoom
Autrefois sacré comment beaucoup d'hauteurs, il avait été un lieu de pèlerinage.

Bref article, zoom 
Il devient le plus important des quatorze forts de l'enceinte construite vers 1840.

Canons du mont Valérien (image disparue du web)

L'hauteur est un point stratégique, dominant la banlieue sud et la route vers Versailles. Son abandon montre à quel point Thiers perd la tête.*

*Le sangfroid n'est pas son fort. En février 1848 on le ramène chez lui, « gesticulant, sanglotant, prononçant des paroles incohérentes »

Webmuseo / zoom

Une semaine plus tard
 La Commune est proclamée.

*      *      *

Suite,
Un avenir visionnaire




vendredi 5 septembre 2014

UN AVENIR VISIONNAIRE


DES REBELLES STUPÉFIÉS DIRIGENT LA PLUS IMPORTANTE VILLE DU CONTINENT POUR SOIXANTE-DOUZE JOURS
 
Ils laissent l'esquisse d'une société basée sur l'égalité, l'humanisme et l'intégrité avant d'être férocement écrasés.

           « Le dernier Combat au cimetière du Père Lachaise » (détail) de H.F.E. Philippoteaux

« Ils ont échoué à cause de leur grande décence. »
-- Karl Marx
  • Les veuves de soldats versaillais reçoivent des pensions.
  • Les ambulanciers et les infirmières secourent aussi les blessés ennemis.
  • Il il n'y a pas d'expropriations et on ne touche pas à l'or de la Banque de France. 

Mais « On ne mélange pas la légalité et la révolution », a dit Lefrançois, et des révolutionnaires ultérieures ont sévèrement critiqué ces derniers choix. 

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Principaux objectifs et décisions 


1. Promouvoir la rationalité : la séparation de l'Église et de l'État est votée immédiatement et unanimement.

Journal de la CommuneRaspou'team

On enlève les symboles religieux des écoles, des hôpitaux et des tribunaux.

Les prêtres et les religieuses peuvent conforter des blessés s'ils les demandent. Mais autrement ils sont absents car, croient les Communards, ils ajoutent à leur souffrance en les blâmant pour avoir combattu Versailles.  

Il y a néanmoins un respect partagé : le Directeur de l'Hôtel-Dieu admire les religieuses et les laisse dissimuler un autel derrière un grand bouquet de lilas, et survit à la répression parce qu'elles le cachent dans leur couvent.

-- Vuillaume

2. Contester l'hiérarchie sociale  

  •  S'appeler « citoyen ».

Un frémissement parcourt la salle quand un orateur médiocre utilise le terme pour la première fois depuis la Révolution (en été 1870).  
-- Gustave Lefrançais

Par contre, « ici nous n'avons pas de citoyens, que des messieurs et des dames », dit un habitant de beau quartier. 
 -- Tombs
  • Enseigner un métier manuel aux enfants de tout milieux.

 

        Affiche à l'exposition de 2016 à la Mairie de Paris (en 2016)

La petite affiche fait appel aux artisans et aux artistes pour enseigner leurs spécialités. Une rémunération n'est pas mentionnée. 


3. Définir l'art comme tout fait avec ardeur qui entre dans la vie quotidienne.

Œuvre d'art de la Commune : la barricade du cordonnier Napoléon Gaillard.

« Ils étaient devant une autre barricade [...]. Quel triomphe d'ingénierie ! Quelle choquante grandeur. Et elle bloquait la plus majestueuses des rues [...] des ouvriers avaient été payés pour élever cette barricade. Ils avaient commencé et arrêté à des moments précis. Quelqu'un avait consulté un plan et dit à d'autres quoi faire. Des brouettes étaient alignées, attendant devant une immense montagne de terre. Demain ils recommenceraient. »
-- Les Feux de la liberté par Lydia Syson, 2015 (en anglais)

    • Changements adoptés : la gratuité des musées ; les monuments, les théâtres, les musées et les galeries d'art gérés par des artistes ; une chorale pour une école de garçons. 
    • Changements projetés : les écoles enseigneront le dessin, la gravure et la sculpture sur bois ; les constructions financées par la Ville incluront une œuvre d'art. 

4. Mobiliser les énergies, transférer le pouvoir :

 

Zoom
  • Des auxiliaires « peu payés mais consciencieux » aident la police et la poste.
  • Le personnel des services sociaux élira les dirigeants.
  • Les employés peuvent gérer les établissements dont les patrons sont partis
-- Les Services publiques sous Commune, ed. Les Amis de la Commune

 

 5. Encourager les coopératives

Les coopératives de l'Union des femmes produisent les uniformes de la Garde, sont ambulancières et infirmières et fabriquent des sacs de sable pour des barricades. 

Elles serviront de modèle pour les coopératives yougoslaves après la Deuxième Guerre Mondiale. 
 

6. Arrêter les guerres et promouvoir une vision universaliste : la milice doit protéger contre le pouvoir, le contraire des armées permanentes qui le protègent.  
-- Déclaration du Comité Central, le 22 mars déjà, 
cité dans  La Commune détruit la colonne Vendôme « Gavroche,» n° 44, 1989,


                                                    Article en italien avec une série d'images / zoom (déroulez la page)

Suite de l'image ci-dessus 

  • Des ouvriers d'Italie, de la Pologne, de la Belgique et du Luxembourg se battent sur les barricades.
  • Des étrangers, souvent de l'International, jouent un rôle officiel :

Raspou.team

« Fidèle à la tradition internationaliste de 1848, la Commune encourage officiellement la participation des étrangers. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier membre de l'AIT [Association Internationale des Travailleurs...] est même élu au conseil de la Commune par le XIIIe arrondissement. Leo Frankel devient le délégué à la commission du Travail et de l'Échange, et participe à ce titre à l'œuvre sociale de la révolution. La commission des élections qui valide son élection le 30 mars 1871, érige en principe la citoyenneté des étrangers, en considérant "que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle" ».

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  • Une guillotine est publiquement brûlée et jusque la catastrophe de la fin la violence est surtout verbale.

Zoom
Les mesures répressives, prises comme auto-défense dans le combat contre les Versaillais, sont peu appliquées : des otages sont arrêtés mais presque jamais exécutés (à suivre), les journaux versaillais paraissent malgré l'interdiction et bien qu'en principe tout les hommes doivent se battre, des « petits crevés » ne le font pas.
-- Brandely, Les Historiens contre la Commune, 2024, p. 62 et seq.

  • L'attitude pacifique est celui du petit peuple : par exemple, les danseuses du french cancan brandissent des jupons blancs comme des bannières de paix, avant et après La Commune. 
-- Jupons blancs : Nadège Maruta, historienne et chorégraphe du cancan

Internet, source inconnue
« Le Quadrille à l'Élysée-Montmartre » (un théâtre du boulevard de Rochechouart à Barbès)

# # #

Certains des objectifs de La Commune
sont largement adoptés aujourd'hui,
des progressistes en demandent d'autres,
et sa définition d'art est unique. 

 Fin de cette section. 

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La section suivante,
VI.2.2.
Carnage et guerre civile