samedi 28 juin 2014

UN PELOTON D'EXÉCUTION IMPOSSIBLE


UN MONTAGE VERSAILLAIS PRONONCE LA COMMUNE NÉE DE MUTINERIE ET DE MEUTRE PRÉMÉDITÉ  

Que les généraux soient exécutés par leurs propres troupes a été immédiatement accepté. Victor Hugo trouve l'histoire « curieuse », mais il est seul. 
-- Choses vues, son journal

 

Zoom 
Début de la série Les Crimes de la Commune, des montages qui Versailles commanda au photographe royaliste Charles Edouard Appert. Les pages qui suivent montrent d'autres. 


Ce qui ne se peut, le récit d'autopsie montrant les balles tirées par derrière.
 -- Pierre Milza, Le Dix-huit mars, « La Commune », 2009

Mais même sans cette information on ne peut prendre un montage versaillais comme allant de soi, et un événemnent si extraordinaire doit être expliqué.

* Des conscrits ont tué leurs officiers de façon spontanée avant la Révolution d'octobre et pendant la guerre du Vietnam. Mais un autre exemple d'exécution organisée ?

Néanmoins la gauche l'accepte : 

  • Marx l'explique par l'hostilité des conscrits pour les officiers. Mais les soldats ne devaient pas connaître Clément, qui en tant que dirigeant de la Garde parisienne n'avait aucun lien avec l'armée.

« Soldats ! Après Versailles vous pourrez rentrer chez vous. »

  • Raspou'team, dont l'art de la rue a commémoré le 140e anniversaire de La Commune (en 2011) :


Le général Clément « déjà illustré en réprimant l'insurrection de 1848, est reconnu alors qu'il inspecte des barricades habillé en civil. Thomas et Lecompte sont conduits rue des Rosiers, sur la butte Montmartre. Tous deux sont fusillés. Dans la foulée, la Garde Nationale défile sous les fenêtres. » [La dernière phrase est une pure invention]. 
 
  • Une BD invente une tentative de Louise Michel d'arrêter la fusillade :

La Vierge rouge par Mary et Louis Talbot, 2016 ( Librairie Vuibert)
« Non ! Attendez le Comité ! Il faut une cour martiale ! » 

  • Une illustration soviétique évoque le chaos mais retient le peloton :

Internet, disparu
  • Une série télévisée montre la foule composant un peloton, ce qui efface la mutinerie mais garde la préméditation.
-- Karambolage, « Le 18 mars 1871 »


  • Le journal historique du 13e* commence ainsi un numéro dédié à La Commune :  
*De centre droit sans parti pris volontaire. 

 La Commune de Paris, « Histoire et histoires du 13e », n°7, juin 2011

« Le général Lecomte est arrêté puis fusillé, rue des Rosiers, par ses soldats. Le Général Clément Thomas subit le même sort... »

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D'après Louise Michel, dès que Clément est reconnu et saisi « les fusils sont partis d'eux mêmes » :


  • ...l'effet du tocsin et des roulements de tambour.


Dans ce contexte, Lecomte refuse d'envoyer le garde blessé à l'hôpital, appelle les résidents « vermine » et commande aux troupes — trois fois — de tirer sur eux.

Clément ne comprend pas qu'avoir d
irigé la répression de mai 1848, été décoré pour son rôle, renvoyé plus de 600 officiers « agitateurs » et maintenant  « observer » en civil* est se lancer dans la gueule du loup. 

*Marie Agoult (Daniel Stern) mentionne des officiers ainsi vêtus observant les barricades de Juin dans Histoire de la Révolution de 1848 Revolution. 

Trochu révèle involontairement l'aveuglement des bien nés : il imagine Clément se lançant dans la foule...

« comme tout bon soldat va au feu [...] croyant, j'en suis convaincu, que sa notoriété de Commandant de la Garde nationale et comme vétéran de la cause républicaine impressionnerait les foules hystériques [...] »
--  Œuvres Posthumes, p. 53

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En croyant que les « foules hystériques » écouteront un tueur de leurs proches, il révèle involontairement à quel point les privilégiés ignorent « danser sur des cadavres ». 
 
Certains historiens suivent tout simplement ce qui est généralement dit. Aussi, ceux à gauche peuvent ne pas vouloir que La Commune jaillissent d'un crime. 

Une version qui tient la route :
Une colère qui gonfle depuis des décennies
et plus encore depuis l'aube,
et la myopie des généraux eux-mêmes.

*     *     * 

Suite,





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