mardi 24 juin 2014

VIOLENCE PAR QUI ? LE COME-BACK DU MYTHE VERSALLAIS


LE CONTRASTE ENTRE LE BARBARISME DE L'ARMÉE ET LE PACIFISME DE LA COMMUNE LONGTEMPS ALLAIT DE SOI

Maintenant on « démystifie » La Commune en suggérant une violence comparable. 


*     *

La violence communarde réelle :

  • Soixante-dix gardes et prêtres sont arrêtés au début du conflit en représailles des tueries de Versailles, comme monnaie d'échange et pour ralentir les fusillades,* c'est-à-dire pour se défendre. Il y a un décret pour des fusillades représailles, mais il n'est pas appliqué. L'absence général de coercion est indiquée ici.
*Louise Michel rencontra en déportation trente-et-un communards sauvés par le bref arrêt des exécutions après ces arrestations.


  •  À part la fusillade de l'Archevêque et de cinq autres otages — injustifiable mais due au seul Ferré — la Commune n'ordonna que neuf executions, pour des raisons considérées légitimes en temps de guerre : 

1. Du vendeur des plans d'un fort aux Versaillais. C'est la seule exécution avant la Semaine sanglante.
-- Lissagary, Annexe XVI 

2. D'un homme qui tenta de corrompre un membre de La Commune.
-- Vuillaume, Mes cahiers rouges, « le Fusillé du pont Neuf », p. 355


3.4.5. De trois espions. 

 

 6.7.8.9. Du commandant qui semblait avoir ordonné la fusillade du 22 janvier et de trois de ses policiers.* 

*Vuillaume croit la fusillade venue spontanément de soldats bretons fanatiques. Mais puisque ce commandant dit n'avoir « fait que son devoir » on comprend la méprise.

 -- Mes cahiers rouges, « Gustave Chaudey » pp. 435-484.


  • Les massacres par les foules mentionnées ci-dessus étaient dus à la panique. Des membres de La Commune ont tenté de sauver les victimes.  

*    *

Les révisionnistes clament ces quelques exécutions preuve « d'une évolution du mouvement révolutionnaire vers la violence »
et atténuent le carnage de l'armée :
-- Citation du manuel scolaire montré à la page qui suit

  • Le point de départ de tout récit de droite : Les Convulsions de Paris, 1879, par le réactionnaire Maxime du Camp. Il déclare 6500 morts communards pendant la Semaine sanglante, se basant sur les enterrements enregistrés au cimetière du Père Lachaise.

  • Robert Tombs le suit en estimant 5,700 -7,400 morts,* en utilisant la même source.  La Commune n'est pas sa spécialité, mais Tombs est considéré avec Quentin Deluermoz la principale autorité sur La Commune. C'est un conservateur qui défend Brexit et l'impérialisme britannique. 

Les universitaires français 
lui montrent un grand respect.  

*     *    *
Suite,

 

lundi 23 juin 2014

UNE PAGE DE MANUEL DE 2016


UNE ERREUR MAJEUR, DES OMISSIONS, ET DES INFORMATIONS INUTILES

Erreur inexcusable : « Thiers, installé à Versailles [...] fait enlever les cannons pour désarmer la capitale. » Non : il tente de le faire, échoue et s'enfuit, laissant la vide qui permet La Commune. 

Aussi, quels canons ? 
 
Les autres manuels ne font pas des bavures aussi flagrantes, mais avec un seul programme national ils ont tous le même point de vue.  

La Commune (1871)

  • Érudition futile : « Pouvoir exécutif à titre provisoire ». Pas d'explication du titre qui occupe plus d'une ligne dans un texte court.* 
*On espère restaurer la monarchie après la paix déshonorant signée. 

  • Omission : Elle [la Commune] prend des mesures sociales (école gratuite) et anti-cléricales. Toutes les démocraties industrielles font de même. Les innovations qui défiaient l'hiérarchie sociale sont écartées.

  • Passer rapidement sur les massacres : « Fin mai, lors de la 'semaine sanglante', l'armée écrase la révolte parisienne, exécutant entre 20,000 et 30,000 personnes. » Le massacre le plus terrible en Europe avant la Shoah obtient une ligne de plus que 'Pouvoir exécutif à titre provisoire'.   

Le choix d'illustration montre que La Commune est vue surtout comme prelude à la Troisième République. 



Que cette république ait été
au moins aussi autoritaire qu'une monarchie 
n'est pas dit. 

dimanche 22 juin 2014

CORRIGER LES ERREURES, RENFORCER L'ÉSPRIT DES PUBS


LES FORCES SOCIALES DISPARAÎSSENT ET UN SEUL PERSONNAGE REMPLACE LE GROUPE

Ces couvertures de manuels de 2025 présentent le même biais :

Des hommes en chapeaux haut-de-forme derrière une femme élégante dominent le personnage en casquette. Les soldats dans les tranchées de la Première Guerre Mondiale sont sans classe sociale. Un personnage féminin indique une histoire d'individus. Une scène d'industrie montre des cheminées, pas une grève. 
 
   Des personnages isolés

*     *

La Commune, une guerre civile sans aspect social :



La Commune de Paris : 
Une guerre civile (1871)

  • 1. Le retour au pouvoir des monarchistes exaspère la population parisienne  

Des élections législatives portent au pouvoir les monarchistes, qui choisissent Adolphe Thiers comme chef du gouvernement. Thiers autorise l'armée allemande à defiler triomphalement dans Paris, il choisit Versailles comme nouvelle capitale et ne verse plus les salaires à la garde nationale. Il est décidé de signer la paix avec l'Allemagne.


 Oubliés 

 

    • La fin du moratoire en vigueur pendant le siège pour les paiement de loyers,  les remboursements de dettes et de ventes des prêteurs : des désastres pour les pauvres quand le chômage perdure.
    •  L'installation du gouvernement à Versailles fait perdre à des commerçants au bord de la faillite la clientèle de plus de 600 députés, avec leurs familles et leurs domestiques.

  • La volonté parisienne de poursuivre la guerre :

Contrairement à la  province, Paris a voté massivement en faveur des candidats républicains et pour la poursuite de la guerre et s'opposent à Theirs. En réaction, la majorité des bataillons de la garde refusent de se soumettre à l'autorité des Versaillais.

Oubliés 

 

    • L'incompétence des généraux et la croyance en leur trahison.  
    • L'attaque suicidaire de Buzenval.
    • La fusillade du 23 janvier. 
    • La suspicion que Versailles préférait la paix avec la Prusse à l'acceptation des demandes sociales des Parisiens. 

*     *
Le conflit 


Image de Louise Michel : continuez.


2. La Commune de Paris face aux « Versaillais »

Le 18 mars 1871, le drame éclate. Thiers ordonne de s'emparer des canons de la garde national sur la butte Montmartre. Furieux, les Parisiens s'opposent, à l'image de Louise Michel. Thiers ordonne à ses troupes de se retirer de la ville, pour en faire le siège. La ville entière se révolte et élit des représentants de la Commune de Paris qui adoptent le drapeau rouge en remplacement du drapeau tricolor.

    • Cette version corrige l'erreure du manuel précédent, d'après lequel Thiers réussit à saisir les canons.
    • Le changement de drapeau (dont le sens n'est pas expliqué) est la seule indication de la transformation sociale que les délégués esquisseront.

La Commune: une seule phrase, et l'omission des mesures transformatrices


[Paris veut] être libre, se gouverner elle-même, inventer une société nouvelle : séparer l'Église et l'État, laïciser l'école, libérer la presse, ouvrir les musées au public.

   
Oubliés :
  • Qu'avec l'industrialisation ces réformes étaient inévitables. La République les adoptera une décennie plus tard, les musées gratuits exceptés.
  • Les mesures de mutation : les coopératives de femmes, les entreprises dont les  propriétaires sont partis gérés par les travailleurs, les établissements publiques régis par les employés (décret en préparation).
*     *

La violence : on reconnaît celle de l'armée, que l'appelation « La Semaine sanglante » oblige.


« Soucieuses d'en finir* les troupes versaillaises se lancent dans une violence sans limites, lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871). C'est la fin de la Commune et fait au moins 10 000 morts. La répression judiciaire succède à la répression militaire avec plus de condamnations : à mort, à la prison, ou bien — comme Louise Michel —  en Nouvelle-Calédonie (voir chapitre 8 p. 240) ».

 *Phrase qui suggère une rationalité à la férocité inouïe. 


Oubliés :

Mais on met les six exécutions par un seul fanatique à égalité avec les 10,000 morts au moins* de l'armée :

 « Les communards plongent aussi dans une logique révolutionnaire [?] caractérisée par la violence, avec l'exécution de plusieurs otages. »

*L'auteur ne voit pas l'impossibilité de cette comparaison (et s'exprime avec la prétention obscure remarquée pour un objectif similaire.

*     *

L'insistence sur l'individu : une seule figure, Louise Michel, remplace l'ensemble des communards... 

Gauche, arrestation de Louise Michel ; droite, les incendies associées à La Commune, sans mentionner la responsabilité comparable de l'armée. 

Louise Michel domine les deux pages.

Alternative :  

  « Hommage des ouvriers du bâtiment à nos ainés morts pour la Commune » 
Louise Michel (montrée sur la bannière de gauche) est une communarde parmi d'autres.  

Souligner une personne donne de l'intérêt à des récits que l'absence d'intérêts matériels rendent incompréhensibles, et renforcent l'individualisme chimérique que les grandes sociétés encouragent par les pubs :



Coin des rues Tolbiac et Nationale, 13e

Pour comment tout aspect d'une culture
renforce les dominants,
cliquez ici pour l'Ancien Régime 
et ici pour nous.

*     *     *
 

vendredi 20 juin 2014

LE MUSÉE CARNAVALET AVANT SA RENOVATION (en 2016-2022)


EN 2010 CETTE PLAQUE À L'HAUTEUR DES YEUX ÉTAIT 
IMMÉDIATEMENT VISIBLE

En 2016 elle se trouvait à un coin sombre près du sol, et j'ai du chercher pour la trouver.

« Les combats qui marquèrent la fin de la commune furent d'une extrême violence, les troupes versaillaises fusillant sans jugement tous les sujets arrêtés. Le général Mac-Mahon, chef des opérations, avouait dix-sept mille exécutions, chiffre qu'il faudrait sans doute majorer. »

La Commune occupait alors deux minuscules salles au fond du troisième étage. La première montrait...

  • Quatre peintures d'incendies associées aux communards. Lumineuses, elle éclairaient les ténèbres...


Les Incendies de 1871 par Gustave Boulanger, 1871 / zoom

 

Zoom


Comme les scènes de combat déjà montrées, la violence se fond dans le paysage urbain. Dans deux des tableaux personne n'est à terre, dans les deux autres, il faut regarder attentivement pour les trouver. 

  • Une seule œuvre du point de vue communard :

  Exécution d'un trompette pendant la Commune par Alfred Roll, 1871 / zoom

La seconde salle, ensoleillée, 
était consacrée à des portraits
de généraux et de chefs du gouvernement versaillais.

*     *     *

Suite,



jeudi 19 juin 2014

ET APRÈS


LE MUSÉE OCTROIE QUATRE MÈTRES À LA COMMUNE, DANS UN COULOIR INSÉRÉ ENTRE DEUX SALLES CONSACRÉES AUX
ÉLITES

La première est dédiée au baron Haussmann...




La deuxième aux privilégiés de la Belle Époque : 



*    *

La Commune est insérée entre ces deux espaces. Au début est une petite image de laveuses à la place Pigalle, rare choix du musée concernant le peuple mais sans rapport avec le sujet. 

  • La côtoyant est un récit dont le parti pris est le même que celui du manuel décrit plus haut. Les lettres sont trop petites pour qu'on les lise facilement. 



 72 jours de la Commune de Paris
(18 mars - 28 mai 1871)

La défaite laisse la France divisée. La décapitalisation de Paris en mars est rejeté par le peuple de Paris. [Ne mentionne pas les mesures qui affectent la population.] Les gardes nationaux créent une fédération républicaine (d'où le nom « fédérés ») et se regroupent sur les hauteurs de Montmartre et de Belleville. [Ne dit pas qu'ils contrôlent le nord, l'est et le sud, c'est-à-dire les territoires populaires]. Adolf Thiers, chef du pouvoir exécutif, ordonne la reprise de 277 [non, 177 canons : une erreur élémentaire, comme ici et ici] canons de Montmartre, mais ses troupes battent en retraite à Versailles. L'homme politique et écrivain Jules Vallès écrit « Paris est reconquis ». [On substitue un individu au groupe.] Le 26 mars est élu un conseil général de Paris, en hommage à la commune insurrectionnelle de 1792-1794. C'est la première expérience d'autogouvernement communale dans l'histoire révolutionnaire [vrai ni pour Paris ni pour d'autres villes européennes]. La commune est proclamée le 28 mars. Plusieurs mesures (séparation de l'Église et de l'État, reconnaissance de l'union libre, élection des fonctionnaires et des juges, contrôle des citoyens sur les élus, éducation des filles...) [omet les mesures qui contestent l'hiérarchie sociale] sont adoptées. Mais le 21 mai, l'armée de Thiers envahit le sud-ouest de Paris. Les communards incendient de nombreux bâtiments publiques les 23 et 24 mai. [Omet les destructions de l'armée.] Entre 7000 et 10,000 personnes [plutôt 20 000-30 000] meurent pendant la Semaine sanglante (21-28 mai 1871), qui marque la fin de la Commune.


  • Suit un tableau qui montre la communication par ballon pendant le siège de Paris, un service que le coût limitait aux privilégiés. Immense, il occupe une grande partie du passage théoriquement dédié à La Commune :
 

Dans l'espace qui reste : 

  • Du côté droit, quatre portraits de personnages périphériques.

Le tableau des ballons mord sur le passage.

De gauche à droite
 
    • La campagne de Jules Vallès, vers 1880. Elle avait treize ans en 1871. 
    • Louise Michel, incontournable aujourd'hui mais connue que comme orateur à l'époque.

  • De l'autre côté une exposition derrière une vitrine. Les proclamations ressortent par leur gross lettres noires mais n'interpellent pas le passant, qui voit surtout le reflet du buste de Rochefort.


Sous les proclamations, deux petites images de carnage. Celle derrière la flèche est presque invisible. La plus grande montre un peloton d'exécution, mais il faut s'approcher pour le déchiffrer derrière le reflet.  

Le musée renouvelle cette vitrine en remplaçant les images de carnage, mais elles sont toutes aussi petites et aussi difficiles à déchiffrer. 


La suite conduit à des images des ruines des Tuileries et de l'Hôtel de Ville dues à La Commune, mais il n'y a rien sur les destructions de l'armée.


Les objets dans la niche au dessus de l'image de l'Hôtel de Ville ruiné concernent son passé pour souligner sa perte.  

*     *

J'y étais quand une classe de lycée est arrivée. L'enseignante a mentionné le baron Haussmann et le Second Empire, puis a  
conduit la classe devant la multitude de peintures de l'élite de 1900.



La classe passa par le corridor octroyé à La Commune sans un regard.

J'ai demandé à des jeunes gardiens
où trouver la présentation sur La Commune.
Ils n'en avaient jamais entendu parlé.

*    *    *